Le « coaching en développement personnel » ne correspond, en France, à aucun titre protégé ni à aucun diplôme d'État : n'importe qui peut s'en revendiquer. Un dossier publié par cette rubrique en avril 2025 avait déjà détaillé ce vide réglementaire et le resserrement progressif de la vigilance des autorités (DGCCRF, Miviludes) face aux dérives du secteur. Une affaire jugée au printemps 2026 par le tribunal correctionnel de Rennes vient illustrer, avec un luxe de détails inédit, ce que peut recouvrir concrètement une « dérive » de coaching lorsqu'elle est portée devant la justice — et la lenteur du processus qui, de premiers signalements en 2013 à un verdict en 2026, aura mis treize ans à aboutir.

Une formatrice « conférencière internationale » sans diplôme de psychologue

Installée à Chartres-de-Bretagne, en périphérie de Rennes, une formatrice de 48 ans se présentait comme « conférencière internationale en ressources humaines » et animait, au travers de sa société Unissons Groupe, des séminaires de développement personnel dans toute la France — Lyon, Annecy, Avignon, Marseille, Paris, mais aussi dans des villes plus modestes comme Le Plessis-Pâté dans l'Essonne, Saint-Léonard-de-Noblat en Haute-Vienne ou Montardon dans les Pyrénées-Atlantiques, et jusqu'en Suisse. Ces stages, réunissant de 12 à 30 participants, portaient des intitulés comme « le Grand amour », « Faire de votre dyslexie un talent » ou « Donner un sens à sa vie », et pouvaient coûter jusqu'à 6 000 euros par an aux stagiaires, sans compter des frais annexes de location de salle parfois réglés en espèces.

Selon les éléments rapportés par France 3 Bretagne à l'issue de l'enquête, la plupart des plaignants avaient rencontré cette femme, qui s'attribuait le titre de psychologue sans en détenir le diplôme, par l'intermédiaire d'un proche ou sur les réseaux sociaux. Diplômée d'une école de médecine psychosomatique de Nîmes, elle se présentait aussi comme formée en gestalt-thérapie, en hypnothérapie ou en psychogénéalogie, et comme « experte en ennéagramme » — une technique de typologie de la personnalité que l'ancienne cheffe de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), Hanène Romdhane, qualifiait déjà de « controversée » et susceptible de mener à des dérives, dans un signalement qu'elle a adressé au procureur de la République de Rennes le 6 avril 2022.

Dix-huit signalements à la Miviludes entre 2013 et 2022

C'est ce volume de signalements répétés qui a fini par déclencher l'action judiciaire. Selon les informations recoupées par France 3 Bretagne, la formatrice avait été signalée à dix-huit reprises à la Miviludes entre 2013 et 2022, les alertes s'étant nettement accélérées en 2021, lorsque quatorze de ses anciens stagiaires se sont regroupés pour dénoncer publiquement une emprise mentale et des pratiques assimilées à de l'escroquerie. Des investigations ont alors été ouvertes sur l'organisme de formation Unissons Groupe, et l'intéressée a été placée en garde à vue le 19 mars 2024 par l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), à Nanterre.

Les témoignages recueillis pendant l'enquête, puis à l'audience, dessinent un mécanisme récurrent : dès les premiers échanges, la coach se présentait comme disponible en permanence pour des personnes qu'elle qualifiait de « vulnérables », affirmant avoir elle-même été victime de violences physiques et sexuelles. Elle aurait ensuite posé, sur la base de son seul « ressenti », des diagnostics à caractère médical ou psychologique sur des stagiaires adultes — et, selon certains témoignages rapportés à l'audience, sur des enfants d'à peine cinq ans. Au fil du temps, les stagiaires se seraient vus interdire tout contact avec elle en dehors du cadre des séminaires, ainsi que toute rencontre entre eux hors de ce cadre.

Le tribunal a également été saisi de témoignages faisant état d'une alternance délibérée entre pressions et valorisation — « menaces, intimidations, injures, humiliations, calomnie », puis « compliments, paroles douces et valorisantes » — un schéma que plusieurs participants ont associé à un isolement social progressif, des ruptures familiales, des difficultés financières et, pour certains, un état dépressif sévère. Le président de l'Association de défense de la famille et de l'individu (ADFI) de Rennes, Pierre Boucher-Doigneau, a alerté sur ce qu'il a décrit comme « la multiplication de ces gourous dans un contexte de développement de petits mouvements autour du bien-être ».

Un procès en mars 2026, un verdict début avril

L'affaire a été jugée les 23 et 24 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Rennes, la formatrice comparaissant pour abus de faiblesse sur des dizaines de stagiaires entre 2016 et 2024. Une quinzaine de plaignants, majoritairement des femmes, sont venus témoigner à l'audience, décrivant des relations de dépendance progressive, des humiliations publiques pendant les séminaires ou la révélation forcée d'éléments intimes devant le groupe. Face au tribunal, la prévenue a contesté l'essentiel des accusations, reconnaissant seulement s'être parfois « positionnée en sauveur » alors qu'elle affirme avoir simplement voulu aider ses stagiaires. Un expert psychologue mandaté pour l'examiner a toutefois décrit, selon France 3 Bretagne, une personnalité persuadée de « détenir la vérité » et cherchant en permanence à « séduire ses interlocuteurs ».

Le parquet a requis trois ans de prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, deux ans de sursis probatoire avec interdiction d'exercer dans le même cadre professionnel ou auprès de mineurs, ainsi qu'une interdiction d'exercer des prestations de formation pendant cinq ans, la confiscation d'environ 35 000 euros saisis sur ses comptes et la publication de la décision dans la presse. Concernant sa société, Unissons Groupe, le parquet a demandé 100 000 euros d'amende avec sursis, une interdiction d'exercer, une exclusion des marchés publics et une interdiction d'aides publiques.

Le tribunal correctionnel de Rennes a rendu sa décision le 9 avril 2026, en suivant globalement les réquisitions du parquet, tout en relaxant la prévenue pour les faits concernant six personnes parmi les plaignants. Sur les autres, elle a été reconnue coupable et condamnée à trois ans de prison, dont un an ferme à purger sous la forme d'un bracelet électronique, assorti d'un sursis probatoire de deux ans pendant lequel elle devra réparer les dommages causés et s'acquitter des sommes dues au Trésor public. Le tribunal lui a interdit d'exercer toute activité de formation ainsi que toute activité en lien avec des mineurs, et lui a fait interdiction d'entrer en contact avec l'ensemble des victimes. Sa société Unissons Groupe a, de son côté, été condamnée à 100 000 euros d'amende avec sursis, à une interdiction d'exercer toute activité de formation pendant cinq ans, à une exclusion définitive des marchés publics et à une interdiction de bénéficier d'aides publiques pendant cinq ans ; le tribunal a également ordonné la confiscation des 39 500 euros saisis sur ses comptes. La formatrice et sa société ont enfin été condamnées à indemniser les victimes à hauteur d'environ 50 000 euros. Un délai de dix jours à compter du jugement était ouvert pour un éventuel appel ; à la date de rédaction de ce dossier, aucune information publique ne permet de confirmer si la décision a été contestée en appel ou si elle est devenue définitive.

Une affaire suivie de près par le secteur du coaching

Selon France 3 Bretagne, cette affaire « est suivie de près dans le secteur du coaching et du développement personnel, régulièrement pointé pour certaines dérives ». Ce constat rejoint les mises en garde plus générales de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (UNADFI), qui alertait dès janvier 2025 sur le fait que le coaching, activité dont le titre n'est protégé par aucune réglementation, « pourrait être une entrée vers les dérives sectaires », les coachings les plus problématiques se caractérisant selon elle par « l'emprise, la manipulation, les fausses promesses, et un coût exorbitant ». L'UNADFI citait à l'appui des exemples de certifications de coach obtenues en quelques heures, voire en une vingtaine de minutes moyennant un simple questionnaire à choix multiples, illustrant l'absence de tout filtre à l'entrée de cette activité.

L'affaire de Chartres-de-Bretagne recoupe ainsi, sur le terrain judiciaire, les constats déjà dressés par cette rubrique sur l'absence de cadre réglementaire du coaching bien-être et du développement personnel, et sur la difficulté des autorités à agir en amont, avant qu'un préjudice ne soit constitué et documenté par des plaintes en nombre suffisant. Le délai particulièrement long entre les premiers signalements (2013) et le jugement définitif (2026) — plus de treize ans — illustre à lui seul la difficulté à faire aboutir ce type de procédure, qui repose largement sur le regroupement progressif de témoignages individuels et sur la capacité des victimes à se reconnaître entre elles avant de porter plainte collectivement, comme cela s'est produit en 2021.

Cette affaire ne permet en elle-même de tirer aucune conclusion générale sur l'ensemble du secteur du coaching et du développement personnel, qui compte de très nombreux praticiens n'ayant fait l'objet d'aucun signalement ni d'aucune poursuite. Elle rappelle cependant, comme le soulignait déjà le dossier consacré à la réglementation du secteur, l'absence de tout cadre légal encadrant l'usage du titre de « coach » en France, et l'importance, pour toute personne envisageant de suivre ce type d'accompagnement, de vérifier la formation réelle de l'intervenant et de rester vigilante face à toute promesse de transformation personnelle rapide, à toute pression financière ou à toute tentative d'isolement vis-à-vis de l'entourage — des signaux régulièrement identifiés par la Miviludes comme caractéristiques d'une dérive sectaire, quelle que soit la discipline dans laquelle elle s'exerce.