Entre le 3 et le 9 août 2026, l'actualité du secteur paramédical a été marquée par deux dossiers de fond : l'entrée des masseurs-kinésithérapeutes dans le dispositif « Mon bilan prévention », officialisée par un arrêté publié en tout début de semaine, et la publication tardive d'un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la dégradation de la santé périnatale en France. En toile de fond, un décret est également venu renforcer, côté sécurité sanitaire, les obligations d'information en cas de pénurie de dispositifs médicaux.

Réglementation et disciplines : les kinésithérapeutes rejoignent « Mon bilan prévention »

Un arrêté du 28 juillet 2026 « relatif aux effecteurs, au contenu et aux modalités de tarification des rendez-vous de prévention », publié au Journal officiel du 2 août 2026, ouvre officiellement aux masseurs-kinésithérapeutes la possibilité de réaliser les entretiens du dispositif « Mon bilan prévention », selon le texte consultable sur Légifrance. Cette évolution a été largement relayée en tout début de semaine, notamment par Hospimedia le 5 août, qui titre sur les masseurs-kinésithérapeutes « rejoignant » un dispositif jusque-là ouvert aux seuls médecins, infirmiers, sages-femmes et pharmaciens.

Selon l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, qui a salué dans un communiqué la reconnaissance des kinésithérapeutes comme « acteurs de premier plan » de la prévention, ces rendez-vous seront accessibles à compter d'octobre 2026. Il s'agit d'entretiens dédiés au repérage de facteurs de fragilité - habitudes alimentaires, conduites addictives, activité physique, santé mentale - suivis, le cas échéant, d'une orientation du patient vers un professionnel ou un dispositif adapté. Selon franceinfo, l'objectif affiché par les pouvoirs publics est de « renforcer l'accessibilité » du dispositif en élargissant le nombre de professionnels habilités à le proposer, alors que plusieurs milliers de professionnels de santé étaient déjà répertoriés, toutes professions confondues, dans l'annuaire dédié sur le site santé.fr.

Il convient de rappeler, dans un souci de prudence, que ces bilans de prévention ne constituent ni une consultation médicale ni un acte de diagnostic ou de soin : il s'agit d'un temps d'échange et de repérage, dont la vocation est d'orienter la personne vers les professionnels ou dispositifs compétents en cas de besoin identifié. Pour la profession de kinésithérapeute, cette extension de compétences s'ajoute à un mouvement plus large de reconnaissance du rôle de la profession dans les parcours de prévention, déjà illustré ces derniers mois par les discussions autour de l'accès direct et par l'implication de l'Ordre dans plusieurs campagnes de santé publique.

Santé publique : un rapport de l'Igas alerte sur la dégradation de la santé périnatale

Second dossier marquant de la semaine, la mise en ligne, le 4 août 2026, par le ministère de la Santé, d'un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) intitulé « Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique ». Selon les informations publiées par le ministère et relayées par le Syndicat national des médecins de protection maternelle et infantile (SNMPMI), ce rapport, remis aux autorités dès janvier 2026, dresse un constat préoccupant : avec 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024, la France se classe au 23e rang sur 27 pays de l'Union européenne, une dégradation relative qui, selon les termes du rapport cités par plusieurs relais professionnels, s'inscrit dans la durée.

Selon l'analyse de l'Igas relayée par le site Infirmiers.com, cette dégradation de la mortalité infantile « est un phénomène multifactoriel », dans lequel le poids des facteurs d'ordre populationnel - conditions socio-économiques, âge maternel, comorbidités - s'avère prépondérant, en particulier via la prévalence accrue de la prématurité, davantage que la seule question de la carte hospitalière des maternités. Le rapport plaide ainsi pour une approche de santé publique plus large que la seule réorganisation de l'offre de soins.

Du côté des professionnels infirmiers, le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) a réagi à la publication du rapport en proposant une implication accrue des infirmières et infirmiers - notamment ceux exerçant en pratique avancée ou en protection maternelle et infantile - dans les réponses à apporter à cette dégradation, selon un communiqué publié sur son site le 6 août. Le ministère de la Santé a de son côté qualifié le rapport de travail « de fond, très riche », destiné à « alimenter le débat public », selon les informations reprises par le SNMPMI, la ministre Stéphanie Rist annonçant un ensemble de mesures orientées vers le renforcement de la prévention et la révision de textes réglementaires relatifs aux soins périnataux jugés datés, tandis que la question, plus sensible, de la réorganisation territoriale des maternités a été explicitement renvoyée à l'automne.

Ce dossier, qui touche directement les compétences des sages-femmes, des infirmiers puériculteurs et plus largement des professionnels intervenant dans le suivi de la grossesse et du nouveau-né, devrait rester d'actualité dans les prochaines semaines, à mesure que les annonces gouvernementales se préciseront - en particulier sur le volet, encore en suspens, de l'organisation territoriale des maternités.

Sécurité sanitaire : l'Ansm renforce ses pouvoirs face aux pénuries de dispositifs médicaux

Sur un registre plus réglementaire, un décret daté du 1er août 2026 et publié au Journal officiel du 4 août (JORF n° 0180) est venu renforcer les obligations d'information des fabricants de dispositifs médicaux ainsi que les pouvoirs de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) en cas de rupture ou d'arrêt de commercialisation d'un dispositif, selon le texte publié sur Légifrance. Le fabricant ou son mandataire devra désormais informer l'Ansm par voie électronique, ainsi que les opérateurs économiques, établissements de santé et professionnels concernés, en précisant la nature, la classe, l'indication et la durée estimée de l'indisponibilité du produit.

Le texte prévoit également un délai de réponse resserré pour les fabricants sollicités par l'agence - huit jours en règle générale, vingt-quatre heures en cas d'urgence -, ainsi qu'une procédure contradictoire préalable à toute décision restrictive ou corrective de l'Ansm. Si ce texte concerne au premier chef les industriels du secteur, ses effets se répercutent potentiellement sur l'ensemble des professionnels paramédicaux utilisateurs de dispositifs médicaux dans leur exercice quotidien - kinésithérapeutes, infirmiers, pédicures-podologues notamment -, pour lesquels la disponibilité de certains équipements ou consommables peut conditionner la continuité des soins.

À retenir

La semaine du 3 au 9 août 2026 aura surtout été marquée, pour le secteur paramédical, par un mouvement de fond en matière de prévention : l'intégration des masseurs-kinésithérapeutes au dispositif « Mon bilan prévention » à compter d'octobre, aux côtés des médecins, infirmiers, sages-femmes et pharmaciens, confirme la place croissante donnée aux professions de rééducation dans les politiques de repérage précoce des fragilités de santé. Ce mouvement s'inscrit dans la continuité d'une tendance déjà observée au cours des dernières semaines, avec l'élargissement progressif des compétences de plusieurs professions paramédicales en matière de prévention et de premier recours.

En parallèle, la publication - tardive, puisque le document avait été remis dès janvier 2026 - du rapport de l'Igas sur la dégradation de la santé périnatale en France a remis sur le devant de la scène un sujet de santé publique majeur, qui concerne au premier chef les sages-femmes, les infirmiers puériculteurs et l'ensemble des professionnels intervenant dans le suivi de la grossesse et du nouveau-né. Les suites concrètes de ce rapport, notamment sur l'épineuse question de l'organisation territoriale des maternités, sont attendues à l'automne, tout comme la déclinaison précise des mesures de prévention annoncées par la ministre de la Santé. Ces deux dossiers, ainsi que le renforcement réglementaire des obligations de transparence des fabricants en cas de pénurie de dispositifs médicaux, seront à suivre dans les prochaines semaines par la rédaction de Paralib Actu.