Le « coaching bien-être » et le « développement personnel » ne correspondent, en France, à aucun titre protégé ni à aucun diplôme d'État. N'importe qui peut s'en revendiquer, quelles que soient sa formation ou ses compétences réelles. Cette absence de cadre, conjuguée à l'essor des réseaux sociaux comme vitrine commerciale, a conduit les autorités à intervenir à plusieurs reprises entre 2021 et 2025 : une enquête administrative aux résultats préoccupants, une loi visant spécifiquement les influenceurs, des contrôles reconduits chaque année, et un rapport de la mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires pointant du doigt certaines pratiques du secteur.

Une enquête administrative qui a mis en lumière l'ampleur du problème

C'est une question écrite adressée au gouvernement qui a rendu publics, en 2023, les résultats d'une enquête jusque-là restée peu commentée. Le sénateur des Bouches-du-Rhône Jean-Noël Guérini a interpellé le ministère de l'Économie, le 6 avril 2023, sur les « dérives du coaching bien-être ». Il y rappelait qu'entre 2021 et 2022, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait mené une enquête ciblée sur ce secteur : 165 professionnels et organismes de formation avaient été contrôlés, et près de 80 % d'entre eux présentaient au moins une anomalie dans l'information délivrée aux consommateurs, notamment sur leurs compétences ou leurs titres. Le sénateur soulignait que ce public est souvent composé de personnes en situation de vulnérabilité, en quête de réponses que la médecine conventionnelle ne leur apportait pas ou plus.

Dans sa réponse publiée le 11 mai 2023, le ministère de l'Économie a confirmé la poursuite des contrôles de la DGCCRF sur le coaching bien-être et, plus largement, sur les pratiques de soin non conventionnelles, ainsi que le déploiement d'actions de sensibilisation du public (dont une campagne lancée le 9 mars 2023), l'existence de la plateforme de signalement des consommateurs SignalConso, et une coordination avec la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) ainsi qu'avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Le gouvernement annonçait alors la poursuite des investigations sur ce secteur pour les années suivantes.

La loi du 9 juin 2023 : un cadre nouveau pour les influenceurs du bien-être

Une partie de ces pratiques trouve aujourd'hui son principal terrain sur les réseaux sociaux, où coachs et créateurs de contenus se présentent souvent indifféremment comme des accompagnateurs du mieux-être. C'est ce terrain que la loi n° 2023-451 du 9 juin 2023, publiée au Journal officiel le 10 juin suivant sous le numéro JORF n° 0133, est venue encadrer en profondeur. Ce texte, qui vise « à encadrer l'influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux », a été adopté après plusieurs scandales médiatisés impliquant la promotion, par des créateurs de contenus, de prétendus traitements contre le cancer ou de gestes esthétiques risqués.

Son article 3 soumet désormais les créateurs de contenus aux règles déjà applicables aux allégations de santé et nutritionnelles portant sur les denrées alimentaires (règlement européen 1924/2006), ainsi qu'à plusieurs dispositions du code de la santé publique encadrant la promotion des médicaments et des produits de santé. Son article 4 va plus loin : il interdit explicitement aux influenceurs de faire la promotion de « procédés, techniques ou méthodes non thérapeutiques présentés comme comparables, préférables ou substituables à des actes, des protocoles ou des prescriptions thérapeutiques », ainsi que de certains actes et interventions à visée esthétique quand ils sont pratiqués par des personnes non habilitées. Les sanctions prévues sont sévères : jusqu'à deux ans d'emprisonnement, 300 000 euros d'amende, et une possible interdiction d'exercer pour les contrevenants et les marques partenaires.

Des contrôles reconduits chaque année, un taux d'anomalies qui ne faiblit pas

Le texte de 2023 a donné à la DGCCRF une base juridique renforcée pour contrôler les influenceurs, y compris ceux basés à l'étranger dès lors qu'ils ciblent des consommateurs français. Les bilans annuels publiés depuis en attestent : selon les chiffres officiels du ministère de l'Économie, 98 influenceurs avaient été contrôlés en 2022, puis 212 en 2023, avec près de la moitié d'entre eux présentant une anomalie — le plus souvent l'absence de mention du caractère commercial d'une publication, ou l'anonymat de la marque pour le compte de laquelle elle était diffusée.

Le bilan de l'année 2024, présenté le 13 mars 2025, confirme que le phénomène ne se résorbe pas : plus de 260 influenceurs ont été contrôlés selon le ministère de l'Économie, avec 40 % d'anomalies constatées, débouchant sur 40 avertissements, 65 injonctions de mise en conformité et 8 procès-verbaux à caractère pénal. Une analyse juridique de ce bilan relève que sur près de 300 comptes examinés, 110 présentaient des pratiques répréhensibles : défaut d'affichage de l'intention commerciale, allégations de santé ou cosmétiques non fondées, fausses promotions, publicité pour des produits financiers risqués ou des paris sportifs, pratiques commerciales trompeuses, voire schémas de vente pyramidale. Une amende transactionnelle de 150 000 euros a par exemple été prononcée en novembre 2024 contre un influenceur pour des pratiques commerciales trompeuses liées à des jetons numériques. De son côté, franceinfo, citant le même bilan, avance un chiffre de 287 comptes contrôlés dont près de la moitié en anomalie ; l'écart entre les différents décomptes tient vraisemblablement aux périmètres et aux dates de consolidation retenus par chaque source, mais tous convergent sur un constat identique : la proportion de comptes en infraction reste très élevée d'une année sur l'autre. La DGCCRF a par ailleurs annoncé un partenariat avec l'école parisienne des Gobelins pour mieux sensibiliser un public jeune aux risques liés aux arnaques d'influenceurs.

La Miviludes place le coaching sous surveillance

Au-delà du volet strictement commercial traité par la DGCCRF, c'est la question de l'emprise psychologique qui a conduit la Miviludes à se saisir du sujet. Le rapport d'activité 2022-2024 de la mission, présenté le 8 avril 2025 par le ministre auprès du ministre de l'Intérieur, François-Noël Buffet, aux côtés du président de la Miviludes, Étienne Apaire, fait état de 4 571 signalements reçus par l'organisme en 2024, un total qui a plus que doublé depuis 2015 (année où il s'élevait à 2 160). La santé et le bien-être constituent, selon ce rapport, la thématique dominante de l'ensemble des signalements traités entre 2022 et 2024, avec 37 % du total — les cas liés à des pathologies cancéreuses représentant, à eux seuls, plus de la moitié des signalements relevant du champ santé, avec un risque explicitement pointé de « retards de diagnostic » voire de « perte de chance de guérir, voire de survivre ».

Dans ce paysage, le rapport identifie le développement personnel comme l'une des portes d'entrée les plus fréquentes vers des dérives, à travers des « formations floues ou pseudo-certifiantes » et des discours promettant des solutions miracles à des difficultés personnelles. Le document décrit des « coachs de vie » qui se présentent comme des accompagnateurs face aux épreuves de l'existence — séparation, dépression, chômage, deuil — et qui recourent parfois, dans le cadre de leur accompagnement, à des pratiques comme l'hypnose ou le magnétisme, à destination de publics rendus vulnérables par ces épreuves. Le champ de la formation professionnelle n'est pas épargné : la Miviludes signale la diffusion, y compris auprès de personnels de l'Éducation nationale, de modules de méditation, de sophrologie, de programmation neuro-linguistique (PNL), de constellations familiales ou de communication non-violente présentés comme des outils de développement personnel, ainsi qu'un ciblage spécifique du « coaching parental » comme vecteur d'entrée.

Une profession qui tente de s'auto-organiser

Face à cette absence de statut légal, une partie du secteur a choisi la voie de l'autorégulation privée. L'International Coach Federation (ICF), fédération professionnelle internationale fondée en 1995, revendique près de 420 coachs certifiés en France selon les chiffres publiés sur son propre site. Elle délivre trois niveaux de certification croissants — ACC (Associate Certified Coach), PCC (Professional Certified Coach) et MCC (Master Certified Coach) — adossés à un code de déontologie propre, dont une nouvelle version a été mise en application en 2025, sous le contrôle d'un comité indépendant chargé d'examiner les manquements signalés. Ce dispositif reste toutefois un cadre volontaire et privé : rien n'oblige un coach exerçant en France à y adhérer, et aucune sanction publique ne s'applique en dehors de ce cercle associatif à ceux qui n'en sont pas membres.

Cette situation crée un écart net entre les coachs affiliés à une fédération exigeante en matière de formation continue et de déontologie, et l'ensemble bien plus vaste et hétérogène de personnes se présentant sous ce même terme sans aucune accréditation ni contrôle extérieur — c'est précisément cet écart que l'enquête de la DGCCRF de 2021-2022 avait mis en évidence en pointant du doigt le déficit d'information sur les compétences réelles des professionnels contrôlés.

Ce que cela signifie pour les praticiens et pour le public

Pour les praticiens du bien-être présents sur Paralib, ce mouvement réglementaire redessine progressivement les usages de communication autorisés en ligne : présenter une méthode de coaching ou d'accompagnement comme une alternative ou un substitut à un traitement médical constitue désormais une infraction explicitement identifiée par la loi, quelle que soit la plateforme de diffusion. Pour le public, les autorités rappellent que le coaching bien-être et le développement personnel, quelle que soit la qualité de l'accompagnement proposé, ne remplacent ni un avis médical ni un suivi psychologique ou psychiatrique lorsque la situation l'exige — une vigilance d'autant plus nécessaire, selon la Miviludes, que ces pratiques s'adressent souvent, par construction, à des personnes traversant une période de fragilité personnelle.