Depuis 2018, les pouvoirs publics ont engagé une vaste réflexion sur l'« universitarisation » des formations paramédicales : rattacher aux universités des cursus jusque-là organisés par les régions, pour leur conférer des grades reconnus (licence, master) et faciliter les passerelles avec la recherche. Huit ans plus tard, ce chantier avance en ordre dispersé selon les professions. La pédicure-podologie, discipline présente sur Paralib, vient d'obtenir en 2025 la reconnaissance de son diplôme au grade de licence. La psychomotricité, également représentée sur la plateforme, attend toujours une réforme structurelle suspendue depuis 2011 - et réclame, elle, le grade de master. Retour sur une trajectoire commune qui a fini par diverger.

2008-2011 : une réingénierie lancée, puis mise à l'arrêt pour les psychomotriciens

Selon la Fédération française des psychomotriciens (FFP), la réingénierie des professions de santé a débuté en 2008 dans le cadre de la réforme européenne dite « LMD » (licence-master-doctorat), avec l'objectif d'actualiser les contenus de formation et les compétences propres à chaque métier. Plusieurs professions paramédicales ont mené ce chantier à son terme au cours des années suivantes. Ce n'est pas le cas de la psychomotricité : d'après la synthèse d'une question écrite déposée au Sénat le 22 mai 2025 par la sénatrice des Hauts-de-Seine Marie-Do Aeschlimann, les travaux de réingénierie propres à cette profession sont suspendus depuis novembre 2011.

Un premier signal favorable intervient malgré tout en août 2017 : un rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), cité par la FFP, valide les demandes de la profession en matière de formation. Ce rapport débouche sur le lancement d'une mission « universitarisation » des professions de santé - mais celle-ci suspend à son tour, selon la fédération, les décisions concernant spécifiquement la psychomotricité, « jusqu'à nouvel ordre ».

2018-2020 : le cadre commun se met en place, l'entrée par Parcoursup

C'est dans ce contexte que les ministres chargés de la Santé et de l'Enseignement supérieur lancent, en mars 2018, une réflexion officielle sur l'universitarisation des formations en santé, visant à harmoniser les modalités de recrutement dans les filières paramédicales. Un arrêté du 17 janvier 2020, publié au Journal officiel et consultable sur Légifrance, en tire une première conséquence concrète pour plusieurs professions à la fois : il fixe les nouvelles règles d'admission dans les instituts préparant aux diplômes d'État de pédicure-podologue, d'ergothérapeute, de psychomotricien et de manipulateur d'électroradiologie médicale, sur la base du baccalauréat plutôt que d'un concours distinct - une bascule vers la logique Parcoursup qui touche alors l'ensemble des études de santé.

La même année, un premier institut de formation en pédicure-podologie rattaché à une université ouvre ses portes : selon un article de l'Ordre national des pédicures-podologues (ONPP) publié le 16 juillet 2020, l'université d'Aix-Marseille accueille, à la rentrée de septembre 2020, une trentaine de nouveaux étudiants dans une formation universitarisée autorisée pour cinq ans par un décret du 7 juillet 2020. L'ONPP y voit alors « une universitarisation qui ouvre les perspectives de recherches et d'évolutions indispensables à la profession », l'un des objectifs affichés étant la reconnaissance automatique du grade de licence.

Juillet 2024 : un arrêté resserre les conditions d'admission

Quatre ans plus tard, le cadre d'admission continue d'être ajusté. Un arrêté du 31 juillet 2024, publié au Journal officiel du 2 août 2024 et référencé par le portail de la fonction publique, modifie l'arrêté de janvier 2020 pour les instituts préparant aux diplômes d'État de pédicure-podologue, d'ergothérapeute, de psychomotricien, de manipulateur d'électroradiologie médicale et de technicien de laboratoire médical. Ses dispositions s'appliquent à compter du 1er septembre 2024. Ce texte, de portée technique, illustre la poursuite d'un ajustement continu des conditions de recrutement dans ces filières, sans toutefois trancher la question, plus structurante, du niveau de diplôme finalement reconnu à l'issue des études.

Août 2025 : la pédicure-podologie obtient son grade de licence

C'est cette question que règle, pour la seule pédicure-podologie, le décret n° 2025-839 du 22 août 2025, publié au Journal officiel et consultable sur Légifrance. Le texte attribue le grade de licence aux titulaires du diplôme d'État de pédicure-podologue - mais uniquement pour les étudiants ayant entrepris leurs études à compter de la rentrée de septembre 2025, le grade devant leur être conféré à l'issue de l'année universitaire 2027-2028. Selon un article de l'Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH) publié le 25 août 2025, cette reconnaissance ouvre la voie à un accès facilité aux niveaux master et doctorat pour les futurs diplômés.

Quatre jours plus tard, le décret n° 2025-846 du 26 août 2025, publié au Journal officiel du 28 août 2025, vient compléter le paysage réglementaire en actualisant, de façon transversale, la liste des diplômes conférant automatiquement le grade de licence en France - diplômes de médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, travail social, architecture, arts, ainsi que plusieurs diplômes d'écoles et de grands établissements. Or ce décret général, dont le texte est consultable sur Légifrance, ne mentionne à aucun moment la psychomotricité. Le diplôme d'État de psychomotricien reste donc, à ce jour, hors du dispositif d'attribution automatique du grade de licence - une situation d'autant plus notable que la profession ne revendique pas ce grade, mais celui, supérieur, de master.

La psychomotricité, elle, réclame un cursus en cinq ans et le grade de master

Sur son site, la Fédération française des psychomotriciens explique plaider pour « une réouverture sans délai des travaux de réingénierie » et pour une formation initiale portée à cinq années d'études, sanctionnée par un grade de master plutôt que par l'actuel diplôme de niveau bac+3. La fédération présente cette demande comme une condition de la « pleine reconnaissance » de la profession et du développement de la recherche en psychomotricité, dans la continuité des conclusions déjà favorables du rapport IGAS/IGAENR de 2017. Dans sa question écrite du 22 mai 2025, la sénatrice Marie-Do Aeschlimann reprend cet argumentaire : elle souligne que les psychomotriciens interviennent dans la prise en charge de pathologies aussi diverses que les troubles du neurodéveloppement, les maladies neurodégénératives ou les suites de la crise sanitaire liée au Covid-19, et qu'ils sont associés à plusieurs plans de santé publique - dont ceux relatifs à l'autisme -, tout en estimant que la formation actuelle, en trois ans, n'est plus en adéquation avec ces responsabilités.

La réponse du ministère chargé de la Santé, publiée au Journal officiel du Sénat le 7 mai 2026 - soit près d'un an après la question -, reconnaît que « le métier de psychomotricien a considérablement évolué », ces professionnels étant mobilisés « à tout âge de la vie » pour des pathologies variées. Le ministère annonce que « des travaux ont démarré en ce début d'année 2026 pour mettre à jour les compétences puis la formation des psychomotriciens », mais précise que cette actualisation sera menée « en cohérence avec celle des ergothérapeutes et d'autres professions de santé » - suggérant un calendrier partagé, et donc potentiellement plus long, avec une profession voisine elle-même engagée depuis plusieurs années dans une démarche similaire.

Une revendication partagée avec les ergothérapeutes

La profession d'ergothérapeute, non représentée en tant que telle sur Paralib mais directement citée par le ministère comme partenaire de la future réforme, a en effet formulé une demande très proche. Dans un communiqué de février 2023 relayé par le portail spécialisé Silvereco, l'Association nationale française des ergothérapeutes (ANFE), le syndicat des instituts de formation (SIFEF) et l'union des étudiants (UNAEE) réclamaient conjointement une harmonisation nationale de la formation sur cinq ans, avec reconnaissance au grade de master : une première année commune en sciences de la santé, parcours rééducation-réadaptation, suivie de quatre années de formation professionnelle en institut. Le rapprochement annoncé par le ministère pour 2026 entre les dossiers des psychomotriciens et des ergothérapeutes s'inscrit ainsi dans la continuité de revendications formulées, pour les deux professions, depuis plusieurs années.

Deux trajectoires, un même chantier inachevé

Au terme de cette séquence 2018-2026, les deux professions paramédicales représentées sur Paralib se trouvent dans des situations distinctes. La pédicure-podologie a obtenu, par décret, la reconnaissance de son diplôme au grade de licence - mais seulement pour les étudiants entrés en formation à partir de septembre 2025, ce qui laisse de côté, pour l'instant, l'ensemble des professionnels déjà diplômés ou en cours d'études antérieures, et sans que la question d'un grade de master, à ce stade, n'ait été soulevée publiquement par l'ordre professionnel de la discipline dans les sources consultées. La psychomotricité, elle, n'a obtenu aucune évolution de grade à ce stade : la profession continue de réclamer un cursus allongé à cinq ans et un grade de master, dans un dossier resté bloqué pendant plus d'une décennie et dont la reprise n'a été officiellement annoncée par le ministère qu'au début de l'année 2026, sans calendrier précis de mise en œuvre communiqué à ce jour. Ce décalage entre deux professions parties, en 2018, d'un même socle réglementaire commun illustre la façon dont l'universitarisation des filières paramédicales avance discipline par discipline, au rythme des rapports, des concertations et des arbitrages interministériels, plutôt que selon un calendrier unique.

Ces évolutions concernent avant tout le statut universitaire et les modalités de formation de ces professions ; elles ne modifient pas, par elles-mêmes, les conditions d'exercice, de remboursement ou de prise en charge des actes de pédicure-podologie ou de psychomotricité, qui demeurent régies par leurs cadres réglementaires et conventionnels respectifs. Comme pour toute profession de santé ou de rééducation, le choix d'un praticien et le suivi d'une prise en charge relèvent d'une décision individuelle, le cas échéant en lien avec un médecin traitant, notamment lorsque des troubles associés nécessitent un avis médical complémentaire.