Le diplôme d'État de psychomotricien, qui ouvre l'exercice de cette profession paramédicale présente sur Paralib, se prépare en trois ans depuis les années 1990. Les psychomotriciens interviennent, sur prescription médicale, auprès d'enfants, d'adultes ou de personnes âgées présentant des troubles du développement, des difficultés d'apprentissage, des troubles neurologiques ou des pertes d'autonomie liées au vieillissement, par des techniques de rééducation corporelle. Ce diplôme est l'un des rares, dans le champ de la rééducation, à ne pas avoir bénéficié du grand chantier de « réingénierie » lancé en 2008 dans le cadre de la réforme LMD (licence-master-doctorat) : infirmiers, ergothérapeutes, orthophonistes, masseurs-kinésithérapeutes ou, plus récemment, pédicures-podologues ont, chacun à leur rythme, vu leur cursus révisé ou reconnu à un grade universitaire. La psychomotricité, elle, reste à l'arrêt sur ce dossier depuis 2011.
Un chantier interrompu depuis quinze ans
Le blocage n'est pas nouveau. Il s'inscrit dans le prolongement de la Grande conférence de santé de février 2016, qui avait posé le principe d'une universitarisation progressive de l'ensemble des formations paramédicales. Un an plus tard, en 2017, un rapport conjoint de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), consacré au bilan de cette universitarisation, avait consacré une recommandation spécifique à la profession de psychomotricien. Selon le texte du rapport, largement diffusé depuis par le Syndicat national d'union des psychomotriciens (SNUP), il préconisait de réorganiser le diplôme d'État sur un schéma « 1 an + 2 ans + 2 ans », avec une première année universitaire mutualisée puis quatre années de spécialisation, pour aboutir à une reconnaissance au grade de master - à la condition que la partie universitaire du cursus intègre une initiation à la recherche.
Cette recommandation n'a, à ce jour, jamais été mise en œuvre. Selon Hospimedia, média spécialisé dans l'actualité du secteur sanitaire et social, les discussions entre le ministère de la Santé et les représentants de la profession - le Conseil national professionnel des psychomotriciens (CNP), la Fédération française des psychomotriciens (FFP) et les associations d'étudiants du secteur - sont restées « en stand-by depuis bientôt quinze ans » avant de reprendre fin 2025. Le média évoque une entrée en vigueur envisageable « en septembre 2027 » si le calendrier de travaux tient, sans toutefois que ce point constitue, à ce stade, un engagement ferme du ministère. Pendant cette longue période d'attente, la profession a pourtant nettement grossi : selon une réponse ministérielle publiée le 12 octobre 2023 à une question de la sénatrice de l'Oise Laurence Rossignol, la France comptait 14 185 psychomotriciens en exercice au 1er janvier 2022, contre 8 000 dix ans plus tôt - soit une hausse de 77,3 % des effectifs actifs, portée notamment par une augmentation de 27,4 % des quotas de formation sur la même période. Le ministère indiquait alors déjà vouloir « procéder à la réingénierie » du diplôme, sans que cet engagement de 2023 se soit traduit, dans l'intervalle, par une avancée concrète avant le début de l'année 2026.
2025 : la pression remonte au Parlement
Faute d'avancée visible, plusieurs parlementaires ont interpellé le gouvernement au cours de l'année 2025. Au Sénat, la sénatrice des Hauts-de-Seine Marie-Do Aeschlimann a interrogé, dans une question écrite publiée le 22 mai 2025, le ministère sur la relance de la réingénierie, jugeant que « la formation actuelle, limitée à trois années, n'est plus adaptée aux exigences du métier » et plaidant pour un cursus en cinq ans avec grade de master. Un mois plus tard, le sénateur des Deux-Sèvres Philippe Mouiller a déposé une question similaire, publiée le 26 juin 2025, rappelant que la réforme, engagée dès 2008, était « interrompue depuis 2011 » alors que les autres professions de rééducation avaient, elles, achevé leur mise à niveau. À l'Assemblée nationale, le député du Cher Loïc Kervran (Horizons) a, le 11 février 2025, demandé au gouvernement d'allonger la formation de trois à cinq ans, d'actualiser les contenus théoriques et de mieux reconnaître le rôle croissant des psychomotriciens dans la prise en charge de l'autisme, de la maladie d'Alzheimer et du vieillissement. Le député de Meurthe-et-Moselle Thibault Bazin a, de son côté, déposé une question le 24 juin 2025 citant explicitement la recommandation du rapport IGAS-IGAENR de 2017 en faveur du grade de master.
Le ministère confirme la reprise, mais cadre les attentes
Les réponses gouvernementales à ces quatre questions sont toutes tombées au cours du premier semestre 2026, avec un message globalement identique dans un premier temps : le ministère chargé de la Santé confirme, dans ses réponses publiées le 7 mai 2026 aux deux sénateurs puis le 12 mai 2026 au député Bazin, que « des travaux ont démarré en ce début d'année 2026 pour mettre à jour les compétences puis la formation des psychomotriciens », en cohérence avec les cursus d'autres professions de santé - au premier rang desquelles les ergothérapeutes.
C'est la réponse la plus tardive, publiée le 16 juin 2026 à la question du député Kervran, qui apporte la précision la plus nette sur le contenu de cette réforme à venir. Le ministère y confirme que psychomotriciens et ergothérapeutes « partagent en effet certaines compétences et certains enseignements, qui peuvent justifier des rapprochements pédagogiques ou des mutualisations ». Mais il ajoute aussitôt une réserve qui n'apparaissait pas dans les réponses précédentes : « Cette réflexion ne doit cependant pas conclure à un allongement de la formation socle. » Le gouvernement indique vouloir inscrire cette réforme dans une réflexion plus large sur les formations de rééducation fonctionnelle, en s'inspirant de la révision récente du référentiel infirmier, mais sans remettre en cause, pour l'heure, la durée de trois ans du cursus actuel.
Cette clarification tranche avec l'objectif porté depuis 2017 par la profession : un cursus de cinq ans reconnu au grade de master. Elle rejoint en revanche l'esprit de la mutualisation déjà évoquée par Hospimedia fin 2025, sans toutefois confirmer le calendrier de septembre 2027 avancé par ce média.
Un scénario qui rappelle celui des ergothérapeutes
Le rapprochement voulu par le ministère avec la formation des ergothérapeutes n'est pas anodin : cette profession, elle non plus, n'a pas obtenu la reconnaissance qu'elle réclame. Le diplôme d'État d'ergothérapeute, régi par un arrêté de 2010 toujours en vigueur, confère depuis 2019 un grade de licence (bac+3) mais reste organisé sur trois ans. En février 2023, l'Association nationale française des ergothérapeutes (ANFE), le syndicat des instituts de formation (Sifef) et l'union des étudiants (Unaee) avaient conjointement réclamé, selon le portail spécialisé Silvereco, une harmonisation nationale du cursus sur cinq ans avec reconnaissance au grade de master, sur un schéma comparable à celui proposé pour les psychomotriciens : une première année commune en sciences de la santé, suivie de quatre années de spécialisation.
Autrement dit, la « mutualisation » annoncée par le ministère rapprocherait deux formations qui, l'une comme l'autre, plafonnent aujourd'hui au grade de licence ou en deçà, sans qu'aucune des deux ne bénéficie, à ce stade, du grade de master que leurs représentants réclament depuis plusieurs années. Aucune des sources consultées ne permet d'établir que cette mutualisation s'accompagnerait, à terme, d'une évolution de grade pour l'une ou l'autre profession.
Ce que cela signifie, et ce qui reste ouvert
À la mi-2026, la situation peut donc se résumer ainsi : la reprise des travaux de réingénierie du diplôme de psychomotricien, annoncée pour la première fois début 2026, est confirmée par quatre réponses ministérielles distinctes échelonnées entre mai et juin 2026 ; un média spécialisé évoque une entrée en vigueur possible en septembre 2027, sans confirmation officielle de ce calendrier à ce jour ; et la réponse la plus récente du ministère écarte explicitement, en l'état, l'allongement de la formation à cinq ans et le grade de master demandés par la profession depuis le rapport IGAS-IGAENR de 2017 - lui préférant, pour l'instant, une simple mutualisation d'enseignements avec les ergothérapeutes.
Aucune des sources consultées ne mentionne de projet de décret, de texte réglementaire déposé ou de date de mise en œuvre confirmée par le ministère lui-même : la formulation « des travaux ont démarré » reste, à ce stade, une déclaration d'intention plus qu'un engagement calendaire précis - un peu comme l'avait déjà été, en 2023, l'annonce ministérielle citée par la sénatrice Rossignol, restée sans suite concrète pendant plus de deux ans. La Fédération française des psychomotriciens, qui a fait de la reconnaissance au grade de master l'un de ses combats prioritaires depuis la publication du rapport IGAS-IGAENR en 2017, n'a pas publié à ce jour de réaction publique et détaillée à la réponse ministérielle du 16 juin 2026, selon l'ensemble des sources disponibles à la date de rédaction de ce dossier.
Ces évolutions concernent le statut universitaire et l'organisation de la formation initiale des psychomotriciens : elles ne modifient pas, par elles-mêmes, les conditions d'exercice actuelles de la profession, ni la prise en charge des patients suivis par des psychomotriciens déjà diplômés. Comme pour toute profession de rééducation, le choix d'un praticien relève d'une décision individuelle, le cas échéant en lien avec un médecin traitant lorsque des troubles associés nécessitent un avis médical complémentaire.