Un an après les derniers rebondissements documentés de l'affaire, le dossier judiciaire visant Thierry Casasnovas, figure la plus connue de la mouvance crudivoriste française et fondateur du mouvement Régénère, a pris un tour inattendu. Entre l'annonce d'une candidature à l'élection présidentielle de 2027 et l'allègement, en janvier 2026, des restrictions qui pesaient sur lui depuis sa mise en examen de mars 2023, la séquence 2025-2026 relance une controverse que la justice n'a toujours pas tranchée.
Une mise en examen toujours pendante
Placé en garde à vue puis mis en examen en mars 2023 par le parquet de Perpignan, Thierry Casasnovas fait l'objet d'une instruction portant sur huit chefs, parmi lesquels l'abus de faiblesse, l'exercice illégal de la médecine et l'exercice illégal de la pharmacie, l'abus de confiance, le faux, le détournement d'actifs sociaux, le blanchiment et des pratiques commerciales trompeuses, selon le décompte publié par Franceinfo le 10 mars 2023. Cette instruction s'était accompagnée d'un contrôle judiciaire strict, qui lui interdisait notamment de participer à des stages ou des formations en lien avec la santé, la naturopathie ou le bien-être, selon les termes rappelés par l'association de vigilance UNADFI (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes) dans un article publié le 16 mars 2026. Comme le rappelle cette même publication, l'enquête, ouverte à la suite de nombreux signalements portés à la connaissance des autorités, vise un homme qui a bâti depuis 2011, via sa chaîne YouTube et l'association Régénère, l'une des audiences les plus importantes de la sphère francophone consacrée aux régimes crudivoristes et aux pratiques dites hygiénistes. Il convient de rappeler qu'une mise en examen ne vaut pas condamnation et que la procédure suit son cours, sans qu'aucune décision sur le fond n'ait été rendue à ce stade.
Cette vigilance à l'égard des contenus diffusés par Thierry Casasnovas ne date d'ailleurs pas de sa mise en examen. Dès le 8 mars 2021, l'association de défense des consommateurs Que Choisir avait publié une enquête pointant certains conseils de santé jugés potentiellement dangereux, diffusés par ce qu'elle qualifiait alors de « star du Net », bien avant que la justice ne s'en saisisse formellement. Cette antériorité éclaire la manière dont un phénomène d'audience purement numérique, construit en dehors de tout cadre de santé réglementé, a pu se développer plusieurs années avant qu'une réponse judiciaire ne soit engagée.
Avril 2025 : une candidature présidentielle qui change la donne
Le 8 avril 2025, Thierry Casasnovas a créé la surprise en annonçant, dans une vidéo abondamment relayée, le lancement d'un mouvement politique baptisé « Vivants » et sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, rapporte le média régional ICI (ex-France Bleu) le jour même. Il y appelle ses centaines de milliers d'abonnés à constituer des comités locaux en vue des échéances électorales à venir. D'après les grandes lignes présentées, son programme évoque la mise en place d'une « démocratie du vivant », une agriculture favorisant la santé des sols, les circuits courts, la fin de ce qu'il qualifie de « violences obstétricales », ou encore une réforme de l'école inspirée de la pédagogie Montessori — un programme complet n'ayant toutefois pas été rendu public à cette date.
Deux jours plus tard, le 10 avril 2025, le même média a recueilli l'analyse de Tristan Mendès France, enseignant et spécialiste des réseaux sociaux, collaborateur de l'Observatoire du conspirationnisme, qui y voit avant tout une manœuvre : selon lui, cette candidature vise « à contourner son contrôle judiciaire et capter encore plus de monde ». L'UNADFI, dans un article daté du 15 mai 2025, partage une analyse similaire, estimant que l'intéressé « semble principalement chercher à utiliser ce regain de visibilité pour élargir son audience » plutôt qu'à mener une véritable campagne électorale. L'association y souligne le contraste entre cette entrée en politique et la procédure judiciaire toujours en cours, tout en documentant le positionnement contestataire du discours de campagne, marqué selon elle par la critique de l'État et des institutions et par une proximité rhétorique avec certaines figures classées à l'extrême droite du débat public.
Sur le plan strictement politique, la démarche reste, à ce stade, embryonnaire : aucun parrainage d'élu n'a été revendiqué publiquement, aucun programme détaillé n'a été publié au-delà des grandes orientations déjà mentionnées, et la structuration en comités locaux évoquée dès l'annonce d'avril 2025 n'a pas fait l'objet d'un bilan chiffré indépendant permettant d'en mesurer l'ampleur réelle. Les observateurs cités plus haut s'accordent néanmoins sur un point : que la candidature aboutisse ou non à un dépôt effectif de candidature en bonne et due forme début 2027, elle a d'ores et déjà rempli une fonction immédiate, celle de justifier un assouplissement concret de son statut judiciaire.
Janvier 2026 : un contrôle judiciaire allégé
Le tournant le plus concret de cette séquence intervient en janvier 2026. Selon l'UNADFI, Thierry Casasnovas obtient à cette date un allègement de son contrôle judiciaire, qui lui interdisait jusqu'alors de participer à des stages ou formations liées à la santé, à la naturopathie ou au bien-être. Son avocat justifie cette évolution en invoquant précisément sa candidature déclarée à l'élection présidentielle, rapporte l'association.
Profitant de cet assouplissement, l'intéressé publie le 13 février 2026 une vidéo intitulée « Remettre les pendules à l'heure », qui dépasse rapidement les 130 000 vues selon l'UNADFI. Il y annonce son retour à des activités de diffusion ainsi que sa participation à des séjours organisés dans son centre dit « de régénération ». Le média spécialisé dans les phénomènes numériques Les Gens d'Internet, dans un article publié le 25 février 2026, confirme cette reprise d'activité : mi-février 2026, Thierry Casasnovas « annonce l'allègement de son contrôle judiciaire. Il peut reprendre certaines activités. Et il les a reprises. » Le média relève qu'à cette date, l'intéressé revendique plus de trois millions d'abonnés sur YouTube et poursuit son activité via l'association Régénère, qui affichait pour la seule année 2025 environ 10 000 personnes formées et 1 500 vidéos produites — des chiffres autodéclarés par la structure elle-même, non audités par un tiers indépendant, et qu'il convient donc de rapporter avec cette réserve.
Une interprétation contestée par les parties civiles
Cet allègement ne fait toutefois pas consensus. Selon l'UNADFI, les avocats des parties civiles contestent l'interprétation qui en est faite par la défense : pour eux, l'interdiction de participer à tout rassemblement lié à la santé demeure en vigueur, indépendamment de la candidature présidentielle invoquée. L'un des avocats des parties civiles serait allé jusqu'à saisir le juge d'instruction pour signaler un possible nouveau manquement aux obligations du contrôle judiciaire, rappelant que Thierry Casasnovas avait déjà fait l'objet de rappels à ses obligations en 2023 et en 2024. Ce désaccord d'interprétation entre la défense et les parties civiles illustre la difficulté, pour la justice, de faire respecter un contrôle judiciaire dès lors que l'activité de la personne mise en examen se déploie très largement en ligne, sur des plateformes échappant en grande partie à un contrôle direct.
Cette controverse s'inscrit dans un climat de vigilance qui n'a, à aucun moment depuis 2021, réellement faibli. La persistance de cette attention associative, près de trois ans après la mise en examen initiale et malgré l'assouplissement du contrôle judiciaire, témoigne d'un dossier qui reste sensible pour les autorités comme pour les associations de protection du public, y compris désormais sous un angle inédit : celui d'une candidature politique venant se superposer à une procédure pénale toujours ouverte.
Un cas révélateur des limites du contrôle judiciaire à l'ère des réseaux sociaux
Au-delà du cas individuel, cette séquence illustre une difficulté plus générale que rencontrent les autorités judiciaires face aux figures d'influence numérique mises en cause pour des faits liés à la santé ou au bien-être. Un contrôle judiciaire conçu à l'origine pour encadrer des activités physiques — stages, formations, conférences en présentiel — se heurte à la nature même de l'activité de création de contenus en ligne, diffusée à des centaines de milliers de personnes sans qu'un déplacement ou un rassemblement physique ne soit nécessaire. La candidature présidentielle, dans ce contexte, est présentée par plusieurs observateurs comme un levier supplémentaire permettant de justifier une reprise de visibilité publique tout en restant, en apparence, dans les clous d'une interdiction rédigée pour un autre contexte.
Ni l'UNADFI ni les autres sources mobilisées ici ne permettent d'établir à ce stade si le signalement adressé au juge d'instruction par les avocats des parties civiles a donné lieu à une décision formelle de la justice. L'instruction se poursuit et aucun élément public ne permet, à la date de rédaction, d'anticiper le calendrier d'un éventuel procès.
Rappel de vigilance
Cette affaire ne concerne à ce stade que des faits allégués, dans le cadre d'une instruction toujours en cours, et Thierry Casasnovas bénéficie comme toute personne mise en examen de la présomption d'innocence. Elle rappelle néanmoins, plus largement, l'importance de ne pas se fier à des conseils de santé diffusés en ligne par des personnes sans formation médicale reconnue, en particulier lorsqu'ils concernent la prise en charge de pathologies graves. Tout accompagnement en matière de santé, de nutrition ou de bien-être doit s'inscrire en complément, et non en remplacement, d'un suivi par un professionnel de santé qualifié.