Une séance dure une heure, se pratique habillé et allongé, et consiste à effleurer trente-deux points répartis sur le crâne, censés « stocker » pensées, croyances et émotions limitantes. Présentée comme une technique de bien-être accessible en un jour de formation, cette méthode connue sous le nom d'« Access Bars » — volet le plus diffusé d'un ensemble plus vaste baptisé Access Consciousness — s'est développée en France depuis 2010, au point de figurer un temps au catalogue de formations financées par Pôle Emploi. Elle fait, depuis plusieurs années, l'objet d'une cinquantaine de signalements à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui la cite encore nommément dans son rapport d'activité 2022-2024, publié le 8 avril 2025.

Une méthode née aux États-Unis, arrivée en France en 2010

Access Consciousness a été fondée par l'Américain Gary Douglas, un ancien agent immobilier de Santa Barbara (Californie) que sa faillite personnelle, au début des années 1990, aurait poussé vers d'autres voies professionnelles. Selon un article de synthèse publié le 12 juillet 2024 par l'Office for Science and Society de l'université McGill, consacré à l'histoire du mouvement, Gary Douglas explique avoir « canalisé » la méthode en juillet 1990, après avoir assisté à une séance où une participante prétendait canaliser une entité nommée Bashar ; il affirme ensuite avoir lui-même canalisé l'esprit de Grigori Raspoutine, qui lui aurait révélé le « secret des 32 barres ». Les associations françaises de vigilance retiennent pour leur part une date de création plus tardive, 1995 : selon les fiches documentaires publiées par l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (UNADFI) et par le Groupe d'étude des mouvements de pensée en vue de la protection de l'individu (GEMPPI), Gary Douglas a été rejoint par Dain Heer, un chiropracteur américain devenu co-animateur du mouvement après avoir répondu à une petite annonce. L'UNADFI précise également que Gary Douglas a eu, par le passé, des liens avec des proches de l'Église de scientologie — un point que reprend aussi, en 2020, un reportage de France 2, qui présente l'Access Bars comme une méthode « conçue par un proche de la Scientologie ».

Le mouvement s'est implanté en France à partir de 2010 et a connu une croissance sensible à partir de 2015, selon les mêmes sources associatives. Il revendique aujourd'hui plusieurs dizaines de milliers de praticiens dans le monde : l'article de Science-Based Medicine du 8 juillet 2024, signé par le médecin américain David Gorski, avance le chiffre de plus de 15 000 « facilitateurs » recensés au niveau mondial et 486 sessions de formation répertoriées au moment de la rédaction de l'article, quand l'Office for Science and Society de McGill évoque, pour sa part, plus de 23 000 « facilitateurs » et 20 000 praticiens dans 180 pays — deux estimations qui, sans se recouper exactement, dessinent un mouvement de taille internationale conséquente.

Une architecture de formations payantes, en paliers

Le modèle économique repose sur une succession de stages, dont le tarif augmente à mesure que le stagiaire progresse dans la hiérarchie interne du mouvement. Les fiches documentaires de l'UNADFI et du GEMPPI, qui recoupent les mêmes montants, décrivent une formation d'un jour pour devenir « praticien » (de l'ordre de 300 euros), puis des stages de plusieurs jours facturés en dollars : environ 1 400 dollars pour le stage dit « Fondation », 2 500 dollars pour le niveau « Le choix des possibilités », et jusqu'à 3 000 dollars pour un stage avancé intitulé « Symphonie des possibilités ». S'y ajoutent des frais de renouvellement annuel de la licence de praticien, ainsi que d'autres déclinaisons commerciales de la méthode — un « lifting facial énergétique » nécessitant une vingtaine de séances, par exemple. L'article de Science-Based Medicine relève par ailleurs que la méthode a été appliquée à des domaines aussi variés que le travail social ou le sport de haut niveau, citant une décision disciplinaire américaine de 2018 ayant conduit au retrait définitif de la licence professionnelle d'une travailleuse sociale de Nouvelle-Écosse en lien avec sa pratique de l'Access Bars.

Une méthode financée, un temps, par de l'argent public en France

C'est un tout autre registre de vigilance qu'a mis en lumière, en France, un reportage diffusé le 20 février 2020 dans l'émission « Envoyé spécial » de France 2. L'enquête, signée par la journaliste Elisa Jadot, révèle que l'Access Bars a un temps figuré, aux côtés du reiki ou du magnétisme thérapeutique, parmi les formations au « bien-être » proposées au catalogue de Pôle Emploi — l'agence publique pour l'emploi de l'époque — et donc potentiellement finançables, en totalité ou en partie, par de l'argent public au titre de l'aide à la formation des demandeurs d'emploi. Plusieurs responsables d'organismes de formation confirment à la journaliste avoir eu des stagiaires financés par Pôle Emploi pour des stages d'hypnose, de lithothérapie ou d'Access Bars, certains accords représentant plusieurs milliers d'euros. Interrogée sur la manière dont l'agence pouvait ainsi crédibiliser une méthode déjà signalée à la Miviludes, la directrice adjointe de Pôle Emploi en charge du dossier répond ne pas avoir été « informée de la corrélation » entre l'origine de la méthode et son inscription au catalogue, tout en assurant qu'elle en référerait « aux services de l'État pour la faire retirer ». Le reportage ne précise pas si ce retrait est bien intervenu par la suite, un point que le dossier ne peut donc pas trancher faute de suivi documenté identifié.

Une cinquantaine de signalements, un rapport Miviludes qui cible spécifiquement les enfants

Selon les fiches de l'UNADFI et du GEMPPI, qui citent toutes deux la même source — un article de L'Express publié en mars 2019 par le journaliste Victor Garcia, qui avait pu consulter des documents de formation internes du mouvement —, l'Access Bars a fait l'objet d'une cinquantaine de signalements et de témoignages auprès de la Miviludes sur les deux années précédant la publication de cet article. Les témoignages recueillis décrivent, selon ces mêmes sources associatives, des ruptures brutales avec l'entourage et des pertes financières se chiffrant parfois en milliers d'euros pour des adeptes engagés dans les paliers de formation successifs.

Plus significatif encore pour la période récente : le rapport d'activité 2022-2024 de la Miviludes, présenté le 8 avril 2025, cite nommément l'« access consciousness » — vérifié directement dans le texte intégral du rapport — au sein d'un développement consacré aux « soins énergétiques pour les enfants » proposés à des familles d'enfants porteurs de handicap, notamment des troubles du spectre de l'autisme. Le rapport relève que ces pratiques, présentées comme permettant aux enfants concernés d'espérer « une vie plus merveilleuse », reposent sur des méthodes nécessitant l'implication des proches dans le « traitement », ce qui peut se révéler, selon la Mission, valorisant dans un premier temps mais générateur d'une forte culpabilité en cas d'échec perçu. Le même chapitre du rapport rappelle, plus largement, qu'aucune méthode de soin non conventionnel ne doit se substituer à un suivi par des professionnels de santé formés, en particulier lorsque les patients concernés font face à des pathologies pour lesquelles les traitements conventionnels sont exigeants — le rapport cite les cancers, l'endométriose ou les maladies neurodégénératives comme exemples de situations à risque accru de dérive.

2024 : un mouvement mis en cause jusqu'en Australie

L'année 2024 a également marqué, hors de France, un regain d'attention critique envers le mouvement dans son ensemble. Selon les informations relayées par l'Office for Science and Society de l'université McGill et par Wikipedia (à partir d'une enquête du quotidien australien The Australian), d'anciens adeptes d'Access Consciousness ont déposé, courant 2024, une plainte auprès de l'Australian Competition and Consumer Commission (ACCC), l'autorité australienne de la concurrence et de la consommation, dénonçant des allégations commerciales trompeuses et un fonctionnement assimilable, selon les plaignants, à un système pyramidal ou de marketing de réseau. La même enquête australienne aurait également recueilli, selon ces sources secondaires, des témoignages de plusieurs femmes se disant mises en position de vulnérabilité lors de stages animés par Dain Heer, le cofondateur du mouvement — des accusations qu'il convient de rapporter avec la prudence attachée à des faits non tranchés judiciairement à la date de rédaction, et dont ce dossier n'a pas pu vérifier le contenu intégral à la source primaire, celle-ci n'étant pas librement accessible.

Sur le plan scientifique, l'article de David Gorski, publié le 8 juillet 2024 sur le site collectif Science-Based Medicine, qualifie l'Access Bars de combinaison entre la phrénologie — la théorie du XIXe siècle prêtant aux bosses du crâne une signification psychologique, aujourd'hui unanimement considérée comme pseudoscientifique — et la « médecine énergétique ». Il relève que les rares études mises en avant par le mouvement lui-même portent sur des échantillons extrêmement réduits, à peine sept participants pour l'une, portant sur l'anxiété et la dépression, quatre policiers britanniques pour une autre, insuffisants pour étayer une quelconque conclusion scientifique. Ce constat rejoint celui, antérieur, de l'UNADFI, qui relève que la méthode ne s'appuie que sur une étude publiée dans une revue à l'audience confidentielle, menée sur un échantillon réduit et sur une durée courte.

Une vigilance qui reste d'actualité

Quinze ans après son arrivée en France, l'Access Bars illustre une configuration que la Miviludes retrouve dans plusieurs autres pratiques de bien-être suivies par ce même rapport 2022-2024 : une méthode dépourvue de fondement scientifique établi, diffusée par un système de formations payantes en paliers, qui a pu un temps bénéficier d'un début de légitimation institutionnelle — via son inscription au catalogue d'un opérateur public de l'emploi — avant qu'un travail journalistique et associatif ne vienne rappeler l'absence de tout encadrement de la pratique. Les associations de vigilance comme l'UNADFI et le GEMPPI, tout comme la Miviludes elle-même, rappellent qu'aucune pratique de « soins énergétiques » de ce type ne saurait se substituer à un avis médical, en particulier lorsqu'elle est proposée à des familles confrontées à un handicap ou à une maladie grave chez un enfant — un point sur lequel le rapport 2022-2024 insiste explicitement.