Le reiki, technique japonaise de « soin énergétique » par imposition des mains, et le magnétisme, pratique plus ancienne ancrée dans la tradition française du « magnétiseur », comptent aujourd'hui parmi les activités de bien-être les plus répandues en France — au point, selon les autorités elles-mêmes, d'être parfois proposées jusque dans des établissements de santé publics. Ni l'une ni l'autre ne dispose pourtant d'un statut réglementé, d'un diplôme d'État ou d'un ordre professionnel. Cette absence de cadre, conjuguée à une popularité croissante, a conduit plusieurs autorités françaises — répression des fraudes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), justice pénale — à se pencher, à des titres différents, sur ces pratiques entre 2022 et 2025.

2022 : la répression des fraudes pointait déjà le reiki et le magnétisme

Selon un article publié le 18 mars 2022 par L'Information Dentaire, relayant les conclusions de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), les services de l'État ont mené, entre octobre 2020 et septembre 2021, une campagne de contrôle élargie à une cinquantaine de disciplines dites de « soins non conventionnels » : des pratiques bien connues comme la naturopathie ou la réflexologie, jusqu'à des approches plus marginales revendiquant une action sur les « énergies » ou les « ondes », telles que le reiki, le magnétisme, la thérapie dite « quantique », la bio-résonance ou la géobiologie.

Sur 381 établissements contrôlés, la DGCCRF a relevé des anomalies dans 66 % des cas, débouchant sur 189 avertissements, 55 injonctions de mise en conformité et 17 procès-verbaux transmis à la justice, dont les deux tiers pour pratiques commerciales trompeuses, les autres visant l'exercice illégal d'une profession de santé ou l'usurpation de titre. Le constat dressé par l'administration, cité par L'Information Dentaire, ne laisse guère de doute : les praticiens contrôlés « n'hésitent pas à reprendre les codes médicaux », par des enseignes évoquant un cabinet médical ou des logos rappelant le caducée, alors même que l'enquête souligne qu'ils sont, selon les termes de la DGCCRF, « parfaitement conscients de ne pas appartenir au milieu médical ».

Cette confusion des codes touche, relève l'article, un public particulièrement vulnérable : environ 40 % des Français déclarent avoir recours à une pratique alternative, souvent à un moment de fragilité personnelle — certains établissements contrôlés allant, selon la DGCCRF, jusqu'à évoquer une action sur des pathologies aussi graves que le cancer, le VIH ou la dépression.

Avril 2025 : le rapport Miviludes cite nommément le reiki et le magnétisme à l'hôpital

Trois ans plus tard, le sujet revient au premier plan avec la publication, le 8 avril 2025, du rapport d'activité de la Miviludes, largement relayé par la presse. Selon Franceinfo, dans un article publié ce même jour, l'organisme rattaché au ministère de l'Intérieur a reçu 4 571 saisines en 2024, soit une hausse de 13,7 % par rapport à 2021 et de 111 % par rapport à 2015. Sur l'ensemble des signalements reçus entre 2022 et 2024, la santé et le bien-être arrivent en tête des thématiques (37 %), devant les cultes et mouvements spirituels (35 %), selon les chiffres relayés par Vidal.fr le 10 avril 2025.

C'est dans ce contexte que la Miviludes cite explicitement, selon Franceinfo comme Le Moniteur des Pharmacies le 8 avril 2025, la présence de séances de reiki, de magnétisme ou encore de « bol tibétain » au sein même d'établissements publics de santé. Le Moniteur des Pharmacies précise que d'autres pratiques, comme la lithothérapie, l'aromathérapie dite « quantique », l'urinothérapie ou le jeûne extrême, sont également documentées par le rapport, avec une inquiétude particulière pour les patients atteints de cancer, chez qui l'organisme redoute que ces pratiques ne se substituent, en tout ou partie, à la prise en charge médicale conventionnelle. Le risque principal identifié tient, selon Franceinfo, à « la prétention de certains pseudothérapeutes à substituer » les pratiques non conventionnelles à la médecine classique.

Le rapport permet aussi de situer la part exacte des professionnels de santé parmi les personnes visées par un signalement : selon Vidal.fr, sur les cas impliquant un professionnel identifié, 20 % concernent des professionnels de santé (contre 80 % de non-professionnels), les psychologues arrivant en tête (29 %), suivis des médecins généralistes (20 %), des psychothérapeutes (14 %) et des ostéopathes (12 %) — le reiki et le magnétisme, pratiques non réglementées par construction, échappant à ce périmètre de professions de santé recensées. Autre indicateur en hausse relevé par Franceinfo : 45 signalements ont été transmis au parquet par la Miviludes en 2024, contre 20 en 2021.

Un fait divers qui illustre les limites de la relation de confiance

Au-delà des données statistiques, un dossier judiciaire suivi en Bretagne au tout début de l'année 2025 illustre, de façon concrète, le risque que peut receler la nature intime de certaines séances de magnétisme. Selon un article de France 3 Bretagne publié le 13 janvier 2025, un magnétiseur de 55 ans installé à Châteauneuf-du-Faou, dans le Finistère, a été maintenu en détention provisoire par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes, après avoir fait appel de son placement en détention. L'homme, qui exerçait dans un cabinet de magnétisme avant de se présenter comme « coach en développement personnel », est visé par plusieurs plaintes pour agression sexuelle et viol, déposées par d'anciennes clientes qui rapportent avoir été incitées, lors de séances présentées comme destinées à « libérer leurs chakras », à se dévêtir partiellement.

Selon le même article, les premiers faits dénoncés remontent à une plainte déposée le 21 janvier 2023 par une ancienne cliente, suivie d'une seconde plainte pour viol en décembre 2023. Placé en garde à vue le 8 juillet 2024 puis mis en examen le 18 décembre 2024, l'intéressé a fait l'objet d'une perquisition ayant permis d'identifier dix personnes filmées ou photographiées, dont sept ont depuis porté plainte pour attouchements. Il fait également l'objet de poursuites distinctes, sans lien avec son activité de magnétiseur, concernant des faits visant son propre fils et la détention d'images pédopornographiques. Son avocat a contesté devant la cour la nécessité de son maintien en détention, arguant qu'il n'exerçait plus l'activité de magnétiseur ; le ministère public a pour sa part jugé nécessaire un éclairage psychiatrique avant toute remise en liberté — une demande à laquelle la cour d'appel de Rennes a fait droit le 9 janvier 2025.

Ce dossier, dont l'instruction se poursuivait à la date de l'article, reste un cas individuel et ne saurait être généralisé à l'ensemble des praticiens du magnétisme, activité par ailleurs licite en France dès lors qu'elle ne revendique aucune vertu thérapeutique. Il illustre néanmoins une vulnérabilité documentée plus largement par le rapport Miviludes 2024 : le colloque singulier, le contact physique et le climat de confiance propres à certaines séances de soin non conventionnel peuvent, dans des cas isolés mais graves, être détournés à des fins délictuelles ou criminelles — un facteur de risque qu'aucun cadre déontologique opposable ne permet aujourd'hui d'objectiver a priori chez un praticien donné, en l'absence de diplôme d'État ou d'ordre professionnel pour ces activités.

Un secteur sans encadrement légal unifié

À la différence d'autres professions du paramédical dont le titre est protégé par la loi, ni le reiki ni le magnétisme ne bénéficient en France d'un diplôme d'État, d'un ordre professionnel ou d'un titre réservé. Plusieurs fédérations privées délivrent des formations et des certifications propres, mais aucune ne s'impose aujourd'hui comme une norme reconnue par les pouvoirs publics. Cette absence de cadre unifié explique en partie pourquoi ce sont, à ce stade, des autorités de contrôle transversales — répression des fraudes pour les pratiques commerciales, Miviludes pour la vigilance sectaire, justice pénale au cas par cas — qui interviennent sur ce champ, plutôt qu'un régulateur professionnel dédié.

Prudence pour les patients

Les autorités citées dans cet article n'affirment pas que le reiki ou le magnétisme seraient, en tant que tels, dangereux ou frauduleux par nature : la grande majorité des praticiens de ces disciplines exercent en dehors de tout contentieux. Elles appellent en revanche à la vigilance sur deux points précis, documentés par leurs constats respectifs : le risque qu'une pratique de bien-être soit présentée, à tort, comme un substitut à un traitement médical — en particulier pour des pathologies graves —, et le risque, plus rare mais documenté par la justice, que le climat de confiance et l'intimité de certaines séances soient détournés à d'autres fins. Il est recommandé de ne jamais interrompre un traitement médical en cours sur la seule base d'une pratique non conventionnelle, et de signaler à la Miviludes ou aux autorités compétentes toute situation suscitant un doute. Cet article a une vocation strictement informative et ne constitue en aucun cas un avis médical.

Une vigilance qui se maintient, sans réforme législative annoncée

Trois ans après l'alerte de la DGCCRF, le rapport Miviludes 2024 confirme que le reiki et le magnétisme, portés par une popularité croissante et une présence désormais documentée jusque dans des établissements de santé publics, restent des pratiques dépourvues d'encadrement légal unifié en France. Entre données statistiques nationales et affaire judiciaire locale, la vigilance des autorités s'est manifestée à plusieurs niveaux distincts entre 2022 et 2025, sans qu'aucune réforme législative dédiée à ces pratiques ne soit, à ce jour, annoncée.