Semaine dense pour les professions paramédicales : entre le 13 et le 19 juillet 2026, la Haute Autorité de santé a publié sa première recommandation de bonnes pratiques sur les acouphènes invalidants, un décret est entré en vigueur pour élargir les actes des orthophonistes, une mission parlementaire a rendu ses conclusions sur les infirmiers en pratique avancée, Doctolib a fait face à une vague de critiques après l'annonce de l'exploitation des données de santé de ses utilisateurs pour l'intelligence artificielle, et le syndicat de kinésithérapeutes Alizé a répondu au dernier rapport de la CNAM sur l'avenir de la profession. En toile de fond, Santé publique France a publié son bilan de l'épisode caniculaire qui a frappé la quasi-totalité du pays début juillet.
Réglementation & certifications
Le décret n° 2026-627, publié au Journal officiel le 10 juillet 2026 et entré en vigueur le 14 juillet, élargit la liste des actes professionnels autorisés aux orthophonistes. Selon la Fédération nationale des orthophonistes (FNO), qui a salué le texte le 16 juillet, les orthophonistes formés peuvent désormais pratiquer des aspirations orales, nasales et pharyngées, ainsi que des aspirations trachéales chez les personnes trachéotomisées. La pratique de ces gestes est conditionnée à une formation initiale spécifique et à la détention d'une attestation de formation aux gestes et soins d'urgence de niveau 2 en cours de validité. Selon la FNO, cette demande était portée conjointement avec le Conseil national des médecins ORL depuis mai 2024. Sa présidente, Sarah Degiovani, a indiqué que « l'aspiration devient ce qu'elle aurait toujours dû être : un geste de sécurité et d'hygiène intégré au soin orthophonique », tout en présentant ce texte comme une étape vers une reconnaissance plus large de la profession, avec un statut de profession médicale à compétences définies revendiqué de longue date par la fédération.
Toujours sur le terrain des évolutions de compétences, la revue Santé Mentale a rendu compte le 16 juillet des conclusions d'une « mission flash » de l'Assemblée nationale sur les infirmiers en pratique avancée (IPA), restituées le 8 juillet devant la commission des affaires sociales. Dix ans après la création de ce métier, le bilan dressé reste mitigé : au 1er janvier 2026, la France ne compte que 4 000 IPA en exercice, dont 400 seulement en libéral, pour 2 000 étudiants en formation. Les rapporteurs pointent un cadre de formation et de structuration resté inchangé depuis 2018, freinant le développement de la profession, et formulent une vingtaine de recommandations portant notamment sur la réforme de la formation initiale, l'élargissement des mentions de spécialité, la création de postes sur le terrain et la revalorisation des grilles indiciaires dans la fonction publique hospitalière. Selon la mission, l'objectif reste que les IPA trouvent leur place « en pleine complémentarité » avec les autres professionnels de santé, sans se substituer aux médecins.
Disciplines & pratiques
Après plusieurs années de travaux engagés en 2022, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié le 16 juillet sa recommandation de bonnes pratiques consacrée aux acouphènes invalidants chez l'adulte, un trouble qui concerne, selon l'institution, environ une personne sur cinq et qui peut devenir un handicap au quotidien, avec des troubles du sommeil, des difficultés de concentration, un isolement ou de l'anxiété. La HAS avait identifié une « errance diagnostique et thérapeutique » et une absence de prise en charge harmonisée. Le texte préconise une démarche diagnostique structurée — anamnèse, examen clinique, évaluation fonctionnelle à l'aide de questionnaires validés comme le Tinnitus Handicap Inventory — puis une prise en charge personnalisée et graduée selon le niveau de gêne et l'existence ou non d'une perte auditive associée. Les thérapies cognitivo-comportementales sont recommandées dans tous les cas ; un appareillage auditif peut être proposé en cas de surdité associée, avec en première intention une amplification adaptée lorsque la gêne est importante. La HAS associe à cette prise en charge un cercle large de professionnels : médecins généralistes en première ligne, ORL, mais aussi psychologues, psychiatres, audioprothésistes, chirurgiens-dentistes et orthodontistes. Elle mentionne par ailleurs d'autres interventions — activité physique adaptée, acupuncture, thérapies manuelles — dont l'effet spécifique sur les acouphènes n'est pas scientifiquement démontré à ce jour, sans être jugées dangereuses ; une nuance de prudence qui mérite d'être gardée en tête par les patients comme par les praticiens du secteur du bien-être.
Marché & plateformes
C'est sans doute la controverse la plus commentée de la semaine dans l'écosystème des plateformes de santé. Depuis le 8 juillet 2026, Doctolib adresse à ses utilisateurs un courriel intitulé « Doctolib s'engage dans la recherche pour améliorer la santé », annonçant la constitution d'un laboratoire de recherche en intelligence artificielle clinique, dont le premier projet doit démarrer en août 2026 pour une durée de trois ans, en partenariat avec l'Inria, l'Inserm et l'Université Paris Cité. Selon Doctolib, ce projet s'appuiera sur des données démographiques et de santé issues de ses services, y compris celles de proches rattachés au même compte, sur la base de la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL, qui autorise la réutilisation de données de santé à des fins de recherche selon un mécanisme d'opposition (opt-out) plutôt que de consentement préalable. C'est précisément ce point qui a suscité la polémique : entre le 8 et le 16 juillet, plusieurs médias spécialisés — dont le site d'analyse RGPD DPO Partage, qui y consacrait le 14 juillet une analyse détaillée — ont relevé qu'il s'agit d'une inclusion par défaut assortie d'un simple droit d'opposition, et non d'un recueil de consentement, la CNIL n'ayant pas formellement validé ce projet en particulier au moment de l'annonce. Ces analyses pointent en outre l'inclusion par défaut des données d'enfants rattachés à un compte familial sans double information parentale spécifique, une description encore imprécise du périmètre des données concernées, ainsi que les limites d'une pseudonymisation qui n'équivaut pas à une anonymisation complète. Doctolib indique de son côté suivre les lignes directrices de la CNIL, s'engager à pseudonymiser les données, à ne pas entraîner de modèles d'IA pour le compte d'autres sociétés, et propose un formulaire d'opposition accessible depuis le courriel de notification ou les paramètres du compte.
Toujours sur le front économique, le syndicat de kinésithérapeutes Alizé a réagi le 16 juillet au rapport « Charges et produits pour 2027 » de la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM), dans un texte au titre explicite : « Quand la CNAM pose le bon diagnostic concernant la kinésithérapie, mais prescrit le mauvais traitement ». Le syndicat reconnaît que la CNAM identifie correctement certaines difficultés structurelles de la profession, mais juge inadaptées les pistes de régulation proposées par la caisse, qui plaide notamment pour un passage progressif d'une tarification à l'acte vers des formes de forfaitisation et un encadrement plus strict de la durée et de l'intensité des traitements. Le débat, engagé début juillet, s'annonce comme l'un des dossiers conventionnels majeurs de la rentrée pour une profession qui alerte régulièrement sur la stagnation de ses revenus malgré la hausse du nombre de praticiens en exercice.
Prévention & bien-être
Santé publique France a publié le 16 juillet un nouveau bulletin national consacré à l'épisode de canicule qui a touché la France hexagonale entre le 4 et le 15 juillet 2026 : 95 des 96 départements ont été placés en vigilance orange ou rouge canicule, soit 98 % de la population concernée, dont 37 départements en vigilance rouge (39 % de la population). L'agence relève un pic de passages aux urgences pour hyperthermies, coups de chaleur, déshydratations et hyponatrémies entre le 5 et le 10 juillet, ainsi qu'un nombre d'hospitalisations quotidien élevé sur la période du 6 au 13 juillet, avec une surreprésentation des personnes de 75 ans et plus parmi les passages aux urgences. Les recommandations rappelées restent classiques mais utiles à relayer par l'ensemble des professionnels du paramédical et du bien-être en contact avec des publics fragiles : s'hydrater régulièrement même sans sensation de soif, en évitant l'alcool et les boissons sucrées ou caféinées ; se maintenir au frais aux heures les plus chaudes, généralement entre 11 h et 18 h ; et surveiller particulièrement les personnes âgées, les nourrissons, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques. Un numéro vert (0 800 06 66 66) reste à disposition pour toute question sur les gestes de prévention.
À retenir
Cette semaine du 13 au 19 juillet 2026 aura surtout été marquée par des avancées réglementaires concrètes pour deux professions paramédicales — orthophonistes et, plus indirectement, infirmiers en pratique avancée — dans un contexte où la question de l'élargissement des compétences reste un fil rouge de l'actualité du secteur. Elle aura aussi mis en lumière deux tensions structurelles amenées à durer : d'une part, l'équilibre entre innovation numérique et protection des données de santé, illustré par la controverse Doctolib, qui rappelle que le statut de « responsable de traitement » de ces plateformes impose une vigilance constante de la part des patients comme des praticiens qui y exercent ; d'autre part, la difficulté chronique à concilier maîtrise des dépenses de l'Assurance maladie et attractivité économique des professions de rééducation, dont la kinésithérapie reste un cas d'école. Enfin, le bilan sanitaire de la canicule de juillet rappelle, chiffres à l'appui, l'importance du rôle de prévention que jouent au quotidien les professionnels du paramédical et du bien-être auprès des publics les plus vulnérables.