Une séance dure généralement entre trente et quarante-cinq minutes. Le client, équipé d'un casque à électrodes qui enregistre son activité électrique cérébrale (électroencéphalogramme, ou EEG), regarde un écran où une vidéo, un jeu ou un signal sonore réagit en temps réel aux variations de ses propres ondes cérébrales : l'objectif affiché est d'apprendre, par un mécanisme de conditionnement, à moduler soi-même certains rythmes cérébraux associés à l'attention, à la relaxation ou au sommeil. Commercialisée en France par des cabinets privés, des centres de neurothérapie et quelques services hospitaliers sous le nom de « neurofeedback », cette technique s'appuie sur un principe ancien — le biofeedback, qui consiste à rendre visible une donnée physiologique pour apprendre à la contrôler — appliqué depuis les années 1960 aux ondes cérébrales elles-mêmes, à partir des travaux princeps sur l'électroencéphalographie du psychiatre allemand Hans Berger dans les années 1920.

Une technique à cheval entre recherche clinique et marché du bien-être

Le neurofeedback occupe une position particulière parmi les pratiques traitées par cette rubrique : contrairement à des disciplines relevant presque exclusivement du bien-être non conventionnel, il fait l'objet d'une recherche universitaire et hospitalière active en France depuis le milieu des années 2010. L'Association française de psychiatrie biologique et de neuropsychopharmacologie (AFPBN), société savante à but non lucratif, a créé en son sein une section dédiée baptisée NExT (« Neurofeedback Evaluation & Training »), dont l'objectif affiché est de « promouvoir l'évaluation et encadrer l'utilisation rigoureuse des techniques de neurofeedback en psychiatrie », selon la description publiée sur le site de l'association. Cette section, animée notamment par les docteurs Jean-Marie Batail (Rennes) et Jean-Arthur Micoulaud-Franchi (Bordeaux), a organisé plusieurs journées nationales consacrées au sujet — une cinquième édition le 2 octobre 2020, une sixième le 16 septembre 2022 — et publie des références bibliographiques sur le neurofeedback électroencéphalographique en psychiatrie, notamment des travaux de Thomas Fovet (Lille) sur la rémédiation neurophysiologique.

Cette activité scientifique installée dans le paysage psychiatrique français coexiste avec une offre commerciale beaucoup plus large, destinée au grand public et promettant des bénéfices sur l'attention des enfants, le stress, le sommeil ou la « performance » cognitive des adultes, sans lien direct avec un service hospitalier ni un encadrement médical. C'est cette seconde offre, la plus visible pour un patient ou un parent cherchant une solution en dehors du parcours de soins classique, qui pose la question de l'encadrement et du niveau de preuve.

Le verdict de la Haute Autorité de Santé, validé en juillet et publié en septembre 2024

C'est dans ce contexte que la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu ses recommandations de bonne pratique intitulées « Trouble du neurodéveloppement / TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents » — la première évaluation officielle et actualisée du sujet en France depuis plusieurs années. Le document porte, sur sa page de garde, la mention « juillet 2024 » et une version validée au 18 juillet 2024, mais sa mise en ligne publique sur has-sante.fr date du 23 septembre 2024, ainsi que le confirme la presse spécialisée qui l'a relayé dès sa publication, dont le site québécois Psychomédia le 30 septembre 2024. Élaboré selon la méthode « Recommandations pour la pratique clinique » du guide méthodologique de la HAS, par un groupe de travail pluridisciplinaire dont les déclarations d'intérêts ont été rendues publiques, le document, consulté en texte intégral, consacre un paragraphe spécifique au neurofeedback, classé parmi les « autres interventions non médicamenteuses » évoquées par les parents, la presse ou le grand public : « Il n'y a pas de niveau de preuve suffisant pour proposer le neurofeedback comme traitement du TDAH », tranche la HAS, qui place cette conclusion aux côtés de deux autres approches jugées insuffisamment évaluées à ce jour, l'entraînement cognitif et les programmes basés sur la pleine conscience. Le texte va plus loin dans sa conclusion générale, en indiquant qu'« en l'absence d'évaluation suffisante, les approches psychothérapeutiques de type neurofeedback, entraînement cognitif, programmes basés sur la pleine conscience, thérapie psychanalytique et thérapies autres que les [thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles] ne sont pas recommandées dans le traitement spécifique du TDAH ».

Le même document écarte, pour des motifs distincts, d'autres approches parfois proposées en complément ou en alternative au TDAH, sans toutefois qu'elles soient discutées avec le même luxe de détails que le neurofeedback dans les passages consultés. La recommandation HAS de 2024 privilégie, en matière d'interventions non médicamenteuses, la psychoéducation familiale, la guidance parentale, les aménagements scolaires et les thérapies cognitivo-comportementales et émotionnelles ciblant le fonctionnement quotidien de l'enfant, le traitement médicamenteux par méthylphénidate n'intervenant qu'en cas d'insuffisance de ces mesures. Faute de niveau de preuve suffisant selon les critères méthodologiques retenus par le groupe de travail, les recommandations relatives au neurofeedback, comme à d'autres approches non médicamenteuses jugées insuffisamment évaluées, reposent sur un accord d'experts plutôt que sur une gradation fondée sur des essais randomisés — une absence de gradation que la HAS elle-même ne présente pas comme un jugement de non-pertinence, mais comme un appel à engager des études complémentaires.

Une conclusion rejointe par une méta-analyse internationale deux mois plus tard

La position française n'est pas isolée. Le 27 décembre 2024, la revue médicale L'Encéphale rapporte les résultats d'une méta-analyse internationale présentée le 20 décembre 2024 lors d'un congrès à Washington, selon une dépêche de l'agence de presse médicale APMnews : « les modalités actuelles du neurofeedback ne semblent pas constituer un traitement efficace à lui seul » pour les patients atteints de TDAH, résume le bref article. Cette convergence, à quelques mois d'intervalle, entre l'évaluation d'une agence sanitaire nationale et une synthèse de la littérature scientifique internationale, contraste avec le discours commercial de nombreux cabinets de neurofeedback, qui continuent de présenter la technique comme un levier reconnu pour l'attention et l'hyperactivité de l'enfant. Il convient de souligner que cette réserve porte spécifiquement sur le TDAH, l'indication la plus documentée et la plus débattue dans la littérature scientifique ; le neurofeedback fait par ailleurs l'objet d'essais cliniques distincts, en France comme à l'étranger, sur d'autres cibles telles que le trouble bipolaire, l'insomnie chronique ou l'épilepsie, dont les résultats ne sont pas couverts par la recommandation HAS de 2024 consacrée au seul TDAH de l'enfant.

Un métier sans titre protégé, une certification encore « en cours de validation »

Sur le plan de l'encadrement professionnel, une recherche directe sur le site de France Compétences, l'établissement public qui gère le Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et le Répertoire spécifique (RS), ne fait apparaître à ce jour aucune fiche active correspondant à un métier ou à une certification de « praticien en neurofeedback » ou en « biofeedback » : la pratique ne bénéficie donc d'aucun titre protégé, à l'instar de plusieurs autres disciplines déjà traitées dans cette rubrique. Les formations existantes relèvent de l'offre privée. L'Institut Neurosens, qui se présente comme un centre de référence en France, indique sur son propre site que le premier de ses trois cycles de formation, d'une durée de 380 heures, a été « déposé au Répertoire spécifique de France Compétences auprès du Ministère du Travail », précisant que « cette inscription est en cours de validation » — une démarche qui, si elle aboutissait, ne créerait pas pour autant un titre RNCP de plein exercice, le Répertoire spécifique correspondant à des certifications et habilitations complémentaires, et non à des diplômes ou titres professionnels réglementés. Le même institut met en avant une certification Qualiopi obtenue le 29 octobre 2020 — un label qui atteste de la conformité administrative d'un organisme de formation continue à un référentiel qualité, sans préjuger de la validité scientifique des contenus enseignés — ainsi qu'une conformité revendiquée aux exigences de la BCIA (Biofeedback Certification International Alliance), organisme de certification nord-américain sans reconnaissance officielle en France.

Cette absence de cadre réglementaire signifie, en pratique, que n'importe quel organisme de formation privé peut délivrer une attestation de « praticien en neurofeedback » sans validation par les pouvoirs publics ni contrôle du contenu pédagogique, et que le titre ne garantit ni un niveau de compétence homogène, ni un rattachement à une profession de santé réglementée. Un recoupement avec le rapport d'activité 2022-2024 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), publié le 8 avril 2025 et déjà cité dans plusieurs dossiers de cette rubrique, ne fait apparaître, en texte intégral, aucune occurrence du terme « neurofeedback » : à la différence d'autres pratiques énergétiques ou psychocorporelles suivies par cette rubrique, le neurofeedback ne figure donc pas, à ce stade, parmi les pratiques nommément signalées par la mission.

Ce que cela signifie pour les praticiens et pour le public

Pour un praticien exerçant le neurofeedback dans un cadre de bien-être, la portée de la recommandation HAS de septembre 2024 est circonscrite : elle ne concerne que le TDAH de l'enfant, et ne porte pas de jugement général sur toutes les applications de la technique ni sur son intérêt en contexte de recherche clinique, où elle continue d'être étudiée par des équipes hospitalo-universitaires françaises regroupées notamment au sein de l'AFPBN. Elle rappelle en revanche, comme pour d'autres pratiques non conventionnelles déjà traitées par cette rubrique, la distinction à opérer entre un usage clinique encadré, objet de publications évaluées par les pairs, et une offre commerciale destinée au grand public, qui s'appuie souvent sur les mêmes références scientifiques sans toujours en restituer les nuances ni les limites. Pour un parent ou un adulte envisageant une séance de neurofeedback en dehors d'un cadre médical, la prudence recommandée pour toute pratique de santé non conventionnelle s'applique pleinement : le neurofeedback ne doit pas se substituer à une prise en charge diagnostique et thérapeutique validée, en particulier chez l'enfant, et toute promesse de résultat garanti sur l'attention, l'hyperactivité ou un trouble médical constitué doit être accueillie avec la plus grande réserve, en l'état actuel des connaissances telles que résumées par la Haute Autorité de Santé.