Trois professions, trois calendriers, un même mouvement de fond. Entre 2023 et 2025, les pouvoirs publics français ont resserré, texte après texte, le cadre réglementaire encadrant l'exercice de l'ostéopathie, de la psychologie/psychothérapie et de la diététique — trois disciplines largement représentées parmi les praticiens du paramédical et du bien-être. Formation des écoles, registre national des professionnels, liste des diplômes reconnus : ces réformes, moins spectaculaires qu'une controverse médiatique, dessinent pourtant une tendance claire vers davantage de traçabilité et d'exigence sur les titres professionnels.
Ostéopathie : un rapport sévère de l'IGAS, puis un tour de vis sur l'agrément des écoles
Le point de départ de ce mouvement pour l'ostéopathie est un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), rendu public le 25 mai 2023 et consacré à l'évaluation de la procédure d'agrément et des capacités d'accueil des établissements de formation en ostéopathie et en chiropraxie. Selon Egora, qui en a rendu compte le 29 mai 2023, la mission — lancée après les difficultés de la campagne d'agrément 2021-2022 — dresse un constat préoccupant : environ 15 000 ostéopathes exclusifs exercent en France, plaçant le pays « au premier rang mondial » en termes de densité et de progression du nombre de praticiens, alors que la moitié d'entre eux perçoit des revenus inférieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance.
Toujours selon cet article, le rapport pointe une formation « trop hétérogène » selon les écoles, des « insuffisances de volumes horaires », des « enseignants non qualifiés » et une commission consultative nationale d'agrément qui peine à faire respecter des critères pourtant jugés essentiels. L'IGAS relève par ailleurs qu'« aucune étude d'envergure » ne permet à ce jour d'évaluer précisément l'activité réelle des ostéopathes en France. Parmi les recommandations rapportées : renforcer la procédure d'agrément des écoles, envisager une universitarisation de la formation, instaurer un examen final avec des jurys externes, et engager une réflexion sur une possible reconnaissance des ostéopathes comme professionnels de santé.
Le syndicat professionnel AFOSTEO a réagi à ce rapport le 4 juin 2023, dans un article consacré à ce qu'il convient d'en retenir. L'organisation y relève elle aussi la disparité de qualité entre écoles et la paupérisation d'une partie de la profession, tout en soulignant les recommandations d'universitarisation de la formation et de renforcement des contrôles.
Sur le plan réglementaire, le décret n° 2023-863 du 7 septembre 2023, publié au Journal officiel le 9 septembre 2023 selon Légifrance, modifie le décret n° 2018-90 du 13 février 2018 relatif à l'agrément des établissements de formation en chiropraxie et en ostéopathie. Le texte porte spécifiquement sur l'article 26 de ce décret et impose aux membres de la commission nationale d'agrément de s'abstenir de participer aux travaux concernant un établissement dès lors qu'ils estiment avoir « un lien d'intérêt direct ou indirect » avec celui-ci — une mesure de prévention des conflits d'intérêts directement issue de l'avis rendu par la Haute Autorité de santé le 1er juin 2023 sur ce projet de texte. Les écoles doivent, par ailleurs, redéposer un dossier d'agrément tous les cinq ans.
Ce resserrement de la procédure d'agrément ne clôt pas le débat : le Syndicat Français des Ostéopathes, sur son propre site, estime que la réforme de 2014 (décret et arrêtés relatifs à la formation), pourtant saluée à l'époque, n'a pas suffi à écarter des établissements jugés de qualité insuffisante, qui continuent selon l'organisation à dispenser une formation ouvrant un accès direct aux patients.
Psychologues et psychothérapeutes : la bascule vers un registre national unique
Deuxième chantier : l'identification des professionnels eux-mêmes. Depuis 2023, l'Agence du numérique en santé pilote la fusion du fichier ADELI — le registre départemental historique des professions de santé non médicales — dans le RPPS (Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé), déjà utilisé pour les professions médicales. Selon un communiqué de l'agence publié le 3 juin 2024, huit nouvelles professions ont basculé vers ce répertoire à cette date, dont les psychologues, aux côtés des audioprothésistes, opticiens-lunetiers et plusieurs professions d'appareillage. Chaque professionnel reçoit un numéro RPPS à onze chiffres, unique et permanent quel que soit son département d'exercice ou ses changements de situation — alors que le numéro ADELI, lui, était réattribué à chaque changement de département.
La bascule s'est poursuivie par vagues successives. Selon un second communiqué de l'Agence du numérique en santé, publié le 24 septembre 2024, une dernière étape est intervenue à l'automne 2024 : orthophonistes et orthoptistes à partir du 11 octobre, puis chiropracteurs, ostéopathes et psychothérapeutes à partir du 16 octobre. Le communiqué présente cette étape comme la concrétisation d'un axe de la feuille de route du numérique en santé, le RPPS devant constituer le « socle » de l'identification de l'ensemble des professionnels du secteur, et entraînant à terme le décommissionnement complet du répertoire ADELI.
Concrètement, ce changement ne modifie pas les conditions d'exercice de ces professions ni les conditions d'usage du titre de psychothérapeute — toujours soumis, depuis la loi du 9 août 2004, à une inscription sur un registre national conditionnée à un socle de formation en psychopathologie clinique et à un stage pratique, comme le rappellent les portails d'accompagnement des professionnels de santé des agences régionales de santé. Mais l'unification du fichier permet, pour la première fois, de rattacher psychologues, psychothérapeutes et ostéopathes au même système d'identification national que les médecins, sages-femmes ou infirmiers, et de sécuriser l'accès à des services numériques de santé comme la carte professionnelle électronique. Pour un patient, cette centralisation facilite en théorie la vérification, sur l'annuaire santé officiel, du numéro et du statut d'un praticien avant de le consulter — une précaution que les autorités sanitaires recommandent de longue date face au risque de dérives thérapeutiques, sans que cela ne constitue en soi un gage de compétence clinique ou de résultat.
Diététique : la liste des diplômes reconnus remise à plat en 2024, déjà retouchée en 2025
Troisième chantier, plus discret mais tout aussi structurant : la définition des diplômes ouvrant droit au titre de diététicien, profession dont l'exercice est réglementé depuis la loi n° 2007-127 du 30 janvier 2007. Un arrêté du 24 mai 2024, publié au Journal officiel le 26 mai 2024 selon Légifrance, fixe la nouvelle liste des diplômes, certificats ou titres permettant d'exercer cette profession : le brevet de technicien supérieur (BTS) de diététique, le brevet de technicien de diététique institué dans les années 1950 (reclassé en BTS en 1962), certains diplômes universitaires de technologie antérieurs à options diététique, et — nouveauté du texte — la licence professionnelle « bachelor universitaire de technologie » (BUT), parcours génie biologique option diététique et nutrition.
L'Association française des diététiciens nutritionnistes (AFDN) a salué ce texte dans un communiqué, rappelant qu'il fait suite à une « longue période de négociation et de suivi » menée par l'association auprès de la Direction générale de l'offre de soins (DGOS), en lien avec les enseignants et représentants des IUT, et qu'il avait été précédé d'un avis favorable du Haut Conseil des professions paramédicales le 19 décembre 2023. Selon l'association, ce texte permet d'établir que seuls le BTS et le BUT donnent légalement accès au titre, à l'exclusion de formations jugées insuffisantes pour acquérir les compétences essentielles du métier. L'AFDN assortit toutefois sa satisfaction d'une réserve explicite : elle indique rester « attentive à toute éventualité de modification par simple arrêté » de cette liste de diplômes.
Cette vigilance s'est révélée fondée dès l'année suivante. Un arrêté du 15 juillet 2025, publié au Journal officiel le 23 juillet 2025 selon Légifrance, modifie de nouveau la liste fixée en mai 2024 : il y ajoute le BTS « Diététique et nutrition », un diplôme rénové institué par un décret du 27 novembre 2024, et renumérote en conséquence les diplômes précédemment reconnus. Ce nouvel intitulé de BTS doit remplacer progressivement l'ancien BTS Diététique, dont les dernières sessions d'examen sous l'ancien programme sont prévues en 2027 selon les informations relayées par plusieurs organismes de formation. La liste des diplômes ouvrant droit au titre de diététicien continue donc d'évoluer au rythme des réformes de formation, exactement comme l'anticipait l'AFDN un an plus tôt.
Ce que ces réformes changent pour les praticiens et les patients
Pris isolément, chacun de ces textes peut sembler technique — une commission d'agrément, un registre numérique, une liste de diplômes. Mis bout à bout, ils dessinent cependant un mouvement cohérent : celui d'un État qui, sans nécessairement créer de nouveau statut de profession de santé, cherche à mieux encadrer la formation, mieux identifier les professionnels et mieux clarifier les titres protégés dans des disciplines paramédicales à forte croissance démographique. L'ostéopathie illustre le premier axe (qualité et contrôle des écoles), le RPPS le second (identification et traçabilité), la diététique le troisième (définition stricte des diplômes qualifiants).
Pour les praticiens de ces disciplines, membres ou non d'un ordre professionnel, ces évolutions rappellent l'importance de tenir à jour leurs titres et leur inscription sur les registres officiels. Pour les patients, ce mouvement renforce un principe de prudence déjà régulièrement rappelé par les autorités sanitaires : avant de consulter un professionnel du paramédical ou du bien-être, il reste utile de vérifier son titre, son diplôme et, le cas échéant, son numéro d'enregistrement (RPPS ou, pour les professions encore recensées dans l'ancien système, ADELI), sur l'annuaire santé officiel. Ces vérifications ne garantissent ni la qualité d'un accompagnement, ni un résultat thérapeutique : elles permettent seulement de s'assurer qu'un professionnel respecte le cadre légal de sa profession, sans que cela ne constitue un avis médical ni ne se substitue à l'appréciation d'un médecin traitant pour toute question de santé.
Aucun de ces trois chantiers n'est aujourd'hui totalement refermé. Le rapport de l'IGAS appelait à une réduction du nombre d'écoles d'ostéopathie et à leur rattachement universitaire, deux évolutions qui restent, à ce stade, à l'état de recommandations plus que de réformes actées. La liste des diplômes de diététicien a déjà été modifiée une fois en un peu plus d'un an. Le calendrier de bascule vers le RPPS, engagé par vagues depuis 2021 pour les professions médicales puis élargi en 2024 à plusieurs professions paramédicales, doit encore, selon l'Agence du numérique en santé, s'achever par le décommissionnement complet du fichier ADELI. Ce dossier, comme les deux précédents publiés dans cette rubrique, sera donc suivi dans la durée à mesure que de nouveaux textes paraîtront.