Le 12 mai 2026, un dossier publié ici racontait la vague de réformes réglementaires traversée par la profession de sage-femme : nouveau code de déontologie, passage à la sixième année de formation, apparition du terme « docteur en maïeutique » dans les textes. Deux mois plus tard, un autre pan, plus discret mais tout aussi structurant, de la vie de cette profession refait surface : celui, très concret, de sa rémunération. Depuis la fin du mois de juin 2026, les représentants syndicaux des sages-femmes libérales dénoncent un blocage des négociations conventionnelles avec l'Assurance Maladie, un blocage suffisamment sérieux pour avoir été porté, début juillet, jusqu'au Sénat.

Une commission paritaire nationale sous tension, fin juin

Selon un communiqué de l'Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF, principal syndicat de la profession) daté du 25 juin 2026, la Commission paritaire nationale (CPN) qui réunit les représentants des sages-femmes et la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam) s'est ouverte sans qu'aucun engagement concret n'ait été pris côté Assurance Maladie. L'ONSSF y réclame, selon ce même texte, « l'ouverture immédiate d'un calendrier de travail sur la convergence tarifaire et l'évolution du cadre conventionnel ». Le syndicat estime que le cadre conventionnel actuel est devenu obsolète au regard de l'élargissement continu des compétences de la profession ces dernières années, notamment en matière de vaccination et d'interruption volontaire de grossesse.

Ce communiqué a été repris le même jour par le site spécialisé La Veille Acteurs de Santé, qui confirme la teneur des demandes syndicales et détaille la composition de la délégation syndicale à cette CPN : Sophie Escobar et Sophie Nivault comme membres titulaires, Carole Leprunier et Noémie Decotte comme membres suppléantes. Au-delà du seul dossier tarifaire, les deux communiqués évoquent une « multiplication des dysfonctionnements administratifs » et une recrudescence des indus — ces remboursements réclamés a posteriori aux professionnelles pour des actes jugés mal facturés — comme autant de motifs de crispation entre la profession et l'Assurance Maladie. Trois demandes précises sont formulées par le syndicat : la fixation immédiate d'un calendrier resserré de réunions, l'ouverture du chantier de convergence tarifaire proprement dit, et la préparation conjointe d'une renégociation de l'ensemble du cadre conventionnel. « Le temps des promesses est terminé », résume Caroline Combot dans ce communiqué du 25 juin.

« Ce n'est pas une question budgétaire, c'est un choix politique »

Le 26 juin 2026, le site professionnel Concours Pluripro consacre un reportage à cette même Commission paritaire nationale, sous un titre qui donne le ton : « Un choix politique d'invisibilisation de la profession ». L'article rapporte que les sages-femmes libérales dénoncent, outre le blocage tarifaire, des dysfonctionnements administratifs récurrents et des indus répétés. Caroline Combot y est citée : « Ce n'est pas une question budgétaire, c'est un choix politique », déclare-t-elle, avant de réclamer « des engagements immédiats » de la part du gouvernement et de l'Assurance Maladie. L'article avance un chiffre destiné à illustrer la disproportion perçue par la profession entre son poids financier et l'attention qu'elle reçoit : les sages-femmes ne représenteraient que 0,3 % des dépenses de soins de l'Assurance Maladie, un chiffre présenté par le syndicat comme la preuve que le blocage ne peut s'expliquer par des considérations budgétaires.

Ce que la convergence tarifaire est censée débloquer

Ce que ces négociations sont censées permettre de mettre en musique a été précisé, quelques jours plus tard, sur le terrain institutionnel. Le 9 juillet 2026, la sénatrice de l'Oise Sylvie Valente Le Hir a déposé une question écrite (n° 09486) adressée au ministre chargé de la Santé, consultable sur le site du Sénat. La sénatrice y rappelle que plusieurs textes récents ont élargi le champ de compétences des sages-femmes — elle cite notamment la création du statut de docteur en maïeutique et l'instauration d'une consultation de suivi de la ménopause, prévue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 — mais observe que ces avancées réglementaires restent lettre morte sur le plan financier. En cause, selon la question écrite : l'absence de « lettre de cadrage » adressée par le gouvernement à la Cnam, sans laquelle, selon le texte sénatorial, « aucune négociation ne peut être engagée ». Concrètement, cette absence de mandat gouvernemental empêche la création des nouvelles cotations nécessaires à la facturation de la consultation ménopause, tout comme elle bloque la convergence tarifaire promise pour les actes relevant du champ de compétences partagé avec d'autres professions de santé. La sénatrice demande au gouvernement la transmission rapide de cette lettre de cadrage. Au moment de la rédaction de ce dossier, la question était toujours répertoriée comme en attente de réponse ministérielle sur le site du Sénat.

Le CLAP, une coordination interprofessionnelle inédite

C'est dans ce climat de tension conventionnelle que la profession a choisi, début juillet, de resserrer les rangs sur le plan institutionnel. Un communiqué de l'ONSSF daté du 2 juillet 2026 annonce le lancement du Comité de liaison pour l'avenir de la profession (CLAP), présenté comme une « étape majeure » lancée à l'initiative du syndicat. Selon ce communiqué, plusieurs organisations représentatives de la profession de sage-femme ont accepté de dépasser leurs divergences habituelles pour créer cet espace de coordination permanent, avec l'objectif affiché de porter collectivement une stratégie commune. Le texte rattache explicitement cette initiative au « Plan stratégique 2030 de la profession de sage-femme », un document rédigé par l'économiste de la santé Frédéric Bizard pour le compte de l'ONSSF et déjà mentionné dans le dossier de mai 2026 sur la réforme des études — plan qui plaide notamment pour une intégration pleine et entière de la maïeutique au sein des facultés de santé, sur le modèle des autres professions médicales.

Le communiqué de l'ONSSF ne détaille pas, dans les parties consultées pour ce dossier, la liste complète des organisations engagées dans le CLAP ; il insiste en revanche sur le caractère inédit de cette dynamique unitaire, qu'il qualifie de « véritable tournant » ayant suscité, selon ses propres termes, « une adhésion largement partagée » au sein de la profession.

Ce type d'instance de coordination interprofessionnelle n'est pas propre aux sages-femmes : plusieurs autres professions de santé réglementées se sont, ces dernières années, dotées de structures comparables pour porter une position commune face aux pouvoirs publics, notamment lorsque plusieurs organisations syndicales ou ordinales coexistent au sein d'une même profession. Sa création, dans le cas des sages-femmes, intervient toutefois dans un contexte particulier : celui d'une profession dont le statut universitaire et médical vient d'être significativement réévalué par les textes réglementaires de fin 2025 et de début 2026, mais dont la traduction conventionnelle et tarifaire de cette évolution reste, comme le montre le blocage de la CPN, en retrait.

Deux dossiers distincts, un même fil : la reconnaissance

Le dossier publié en mai 2026 sur cette même profession s'arrêtait sur un mouvement de fond : l'universitarisation des études de maïeutique, la sixième année de formation, le nouveau code de déontologie — autant de textes qui rapprochent, sur le papier, le statut des sages-femmes de celui des autres professions médicales à compétences élargies. Ce que les événements de juin et juillet 2026 donnent à voir, c'est le décalage, documenté cette fois par les acteurs eux-mêmes, entre cette montée en compétences réglementaire et sa traduction financière concrète. La consultation ménopause votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, la convergence tarifaire promise pour les actes partagés avec d'autres professions : ces mesures existent sur le papier, mais restent, selon la sénatrice Valente Le Hir comme selon l'ONSSF, suspendues à une décision administrative — la fameuse lettre de cadrage — qui n'a, à la date de rédaction de ce dossier, pas été rendue publique.

Ce que cela signifie pour les sages-femmes et pour les patientes

Pour les sages-femmes en exercice libéral, ce blocage administratif a une conséquence directe : les nouvelles compétences votées par le législateur — dont la consultation ménopause — ne peuvent, en l'absence de cotation dédiée, être facturées dans des conditions clarifiées, ce qui limite de fait leur déploiement sur le terrain, même lorsque la loi les autorise déjà. Pour les patientes, cela ne remet pas en cause l'accès aux soins déjà assurés par les sages-femmes, mais retarde la mise en œuvre concrète d'une offre de soins que le législateur avait pourtant votée. Il s'agit ici d'un différend d'ordre administratif et conventionnel, distinct des enjeux de sécurité ou de qualité des soins : aucune des sources consultées pour ce dossier ne fait état d'un impact sur la sécurité des actes pratiqués par les sages-femmes, seulement sur les conditions de leur rémunération et de leur généralisation.

Des échéances encore à surveiller

Plusieurs éléments restent à observer pour la suite de ce dossier : la réponse du ministère de la Santé à la question écrite de la sénatrice Valente Le Hir, dont le délai réglementaire de réponse n'était pas encore écoulé à la date de rédaction ; la transmission, ou non, de la lettre de cadrage réclamée par l'ONSSF à la Cnam, seule à même de débloquer l'ouverture formelle des négociations conventionnelles ; et les premières actions concrètes du CLAP nouvellement créé, dont l'ordre du jour et la composition exacte n'étaient pas encore précisés dans les communications publiques disponibles à ce stade. À plus long terme, ce dossier rejoint la question laissée ouverte par le précédent volet de mai 2026 sur le financement des écoles de maïeutique à l'horizon de la rentrée 2027 : dans les deux cas, la profession réclame que les compétences et le statut qui lui sont progressivement reconnus sur le plan réglementaire trouvent leur traduction budgétaire.