Un plan, deux ministres, un an d'écart : ce que dit le premier bilan chiffré
Un an après le lancement du plan santé mentale et psychiatrie porté par le ministre de la Santé de l'époque, Yannick Neuder, présenté le 11 juin 2025 en pleine année de « grande cause nationale », les chiffres de sa mise en œuvre ont commencé à être publiés. Entre-temps, l'exécutif a changé de titulaire à la Santé et une association de familles, l'Unafam, a porté deux textes distincts — un manifeste sur la contention et une note de 48 propositions — dont le sort vient tout juste de connaître un début de réponse officielle, début juin 2026. Ce dossier retrace cette séquence, de l'été 2025 au printemps 2026, en s'appuyant exclusivement sur des publications institutionnelles et des titres de presse spécialisée datés.
Juin 2025 : l'Unafam publie un manifeste contre la contention
Le 10 juin 2025, l'Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) publie un texte intitulé « Pour une psychiatrie sans violence », qui appelle à l'abolition de la contention en psychiatrie. L'association y avance un chiffre : environ 8 000 personnes seraient, chaque année, attachées par des sangles à un lit ou immobilisées à l'aide d'une camisole dans des services psychiatriques français, malgré un encadrement légal de cette pratique instauré depuis 2016. L'Unafam affirme que des alternatives existent, fondées sur l'écoute, la prévention et l'accompagnement, et annonce vouloir mobiliser ses représentants locaux pour les faire connaître.
Juillet 2025 : 48 propositions remises au ministre de la Santé
Un mois plus tard, le 10 juillet 2025, la présidente de l'Unafam, Emmanuelle Rémond, est reçue pendant une heure par Yannick Neuder, alors ministre de la Santé et de l'Accès aux soins. Elle lui remet une note de position construite autour de 48 propositions pour, selon les mots de l'association, une « refondation de la psychiatrie française ». Le texte s'organise en trois axes, détaillés notamment par le magazine professionnel Santé Mentale dans son édition de juillet 2025.
Le premier axe, « agir précocement », vise à réduire l'errance diagnostique : selon l'Unafam, 75 % des diagnostics en psychiatrie seraient posés après plusieurs années d'errance pour la personne concernée. L'association propose la création de numéros nationaux mieux identifiés du grand public, le déploiement des formations aux premiers secours en santé mentale, un renforcement de la formation initiale et continue des médecins généralistes et pédiatres, ainsi que davantage de structures spécialisées et d'équipes mobiles pour les pathologies sévères.
Le deuxième axe, « promouvoir le rétablissement pour tous », porte sur la réorganisation de l'offre de soins par territoire, avec un accès plus rapide aux consultations spécialisées, le développement d'équipes de soin à domicile et de dispositifs de réhabilitation psychosociale, l'élargissement de la psychoéducation destinée aux familles — présentée par l'association comme la deuxième intervention thérapeutique la plus efficace après le traitement médicamenteux — et la reconnaissance réglementaire de la pair-aidance, c'est-à-dire l'intégration de personnes ayant elles-mêmes traversé un trouble psychique au sein des équipes soignantes.
Le troisième axe, « rendre les droits effectifs », reprend et prolonge le manifeste de juin sur la contention, qualifiée de traitement inhumain par les Nations unies. L'Unafam y demande la formation de l'ensemble des équipes soignantes aux droits des patients, la fin de pratiques jugées systématiques comme le retrait des vêtements personnels ou du téléphone à l'arrivée en hospitalisation, et une plus grande implication des familles, sous réserve du consentement du patient. Dans une lettre adressée à ses adhérents le 23 juillet 2025, la présidente de l'Unafam relève que l'entretien avec le ministre a marqué une rupture par rapport à des années de difficultés à se faire entendre, le ministre ayant publiquement salué la démarche sur les réseaux sociaux.
Octobre 2025 : un premier bilan nuancé venu des associations de patients
Trois mois plus tard, le 15 octobre 2025, France Assos Santé — la fédération qui réunit les associations d'usagers du système de santé — publie un entretien avec Corinne Martinez, administratrice de l'Unafam, sous le titre « Si on a davantage parlé de santé mentale, la psychiatrie est toujours à la peine ». Le constat qui s'en dégage est contrasté : la médiatisation accrue de la santé mentale, portée par le label de grande cause nationale, ne se traduit pas selon elle par une amélioration perceptible des conditions de prise en charge. L'entretien pointe des indicateurs structurels préoccupants, à l'image des quelque 900 médecins scolaires pour environ 12 millions d'élèves en France, et rappelle que plusieurs pays comme l'Italie, le Danemark ou le Royaume-Uni ont déjà aboli certaines pratiques de contention, ce qui n'est pas encore le cas en France. Sur la mise en œuvre du plan présenté un an plus tôt par Yannick Neuder, Corinne Martinez estime que les intentions affichées — dépistage précoce, formation des généralistes — restent, dans les faits, difficiles à évaluer dans un contexte d'instabilité politique.
Un changement de ministre en pleine séquence
Le 12 octobre 2025, au soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce la composition de son second gouvernement. Stéphanie Rist, médecin rhumatologue et ancienne rapporteure de plusieurs textes de santé à l'Assemblée nationale, y prend le portefeuille de la Santé, en remplacement de Yannick Neuder. La feuille de route santé mentale et psychiatrie, engagée sous son prédécesseur, se poursuit néanmoins sous coordination interministérielle, associant selon les documents publiés en 2026 les ministères de l'Éducation nationale, de la Citoyenneté et du Numérique.
Juin 2026 : le premier bilan chiffré de la feuille de route
Début juin 2026, un document de bilan de la mise en œuvre 2025 de la feuille de route « santé mentale et psychiatrie » circule dans la presse spécialisée, relayé notamment par la Société française de médecine d'urgence le 4 juin 2026. Il avance plusieurs indicateurs chiffrés. Sur le volet prévention et sensibilisation, 300 000 personnes auraient été formées aux premiers secours en santé mentale début 2026, un objectif présenté comme atteint avec un an d'avance sur le calendrier initialement fixé pour 2027. Le dispositif Mon soutien psy, qui permet un accès à des séances avec un psychologue partenaire prises en charge à 60 % par l'Assurance maladie, afficherait environ 7 800 psychologues conventionnés en mai 2026, près d'un million de patients accompagnés depuis son lancement dont 461 756 sur la seule année 2025, pour 5,9 millions de séances remboursées, selon le bilan relayé par la Société française de médecine d'urgence le 4 juin 2026. Le même jour, le site Aladom avance, pour ce même bilan, un chiffre distinct de progression des bénéficiaires annuels du dispositif, passé de près de 110 000 en 2022 à plus de 519 000 en 2025, et évoque 1,8 million de patients cumulés — un écart entre les deux relais de presse que ce dossier ne peut trancher, faute d'accès au document source complet.
Sur la prévention du suicide, le numéro national 3114 aurait reçu 549 123 appels sur la période considérée, en hausse de 62 % par rapport à 2024, tandis que le dispositif de suivi post-tentative de suicide VigilanS aurait inclus 45 854 personnes, en progression de 10 %. Le bilan évoque par ailleurs 458 millions d'euros de moyens supplémentaires mobilisés en 2025 pour l'offre de soins, une part croissante des prises en charge réalisées à domicile plutôt qu'en hospitalisation complète, et une diminution du taux de séjours hospitaliers longs. Le même document signale toutefois des tensions persistantes sur les effectifs, avec près de 15 % des postes d'internes en psychiatrie non pourvus, un chiffre à mettre en regard des constats plus généraux, documentés par ailleurs, de postes hospitaliers vacants en psychiatrie et de recul du nombre de lits d'hospitalisation à temps complet sur la dernière décennie.
Un objectif « zéro contention » d'ici 2030
C'est dans ce contexte que Stéphanie Rist, désormais ministre de la Santé, présente début juin 2026 — le 2 juin selon Le Quotidien du médecin, avec une couverture élargie les jours suivants par Santé Mentale et Aladom — une série d'annonces qui répondent, sans les citer nommément dans tous les comptes rendus disponibles, aux demandes portées par l'Unafam depuis un an. La ministre fixe pour la première fois un objectif national de « zéro contention » en psychiatrie à l'horizon 2030. Selon les éléments repris par la presse spécialisée, un établissement psychiatrique sur dix se serait déjà engagé dans cette démarche, tandis que des pays comme la Norvège et l'Espagne revendiquent une réduction de plus de 90 % du recours à la contention. Pour atteindre cet objectif, plusieurs outils sont annoncés : une cartographie nationale des pratiques existantes, un renforcement de la formation des équipes aux techniques de désescalade, le développement d'« espaces d'apaisement » au sein des services, le déploiement du programme QualityRights de l'Organisation mondiale de la santé, et un cadre pour la reconnaissance de la pair-aidance — une mesure qui recoupe directement l'une des 48 propositions transmises par l'Unafam un an plus tôt.
La ministre annonce en parallèle, à compter de la rentrée 2026, un dispositif de « coupe-file » pour les enfants et adolescents identifiés en souffrance psychique par les professionnels de l'Éducation nationale — médecins scolaires, infirmiers, psychologues, assistants sociaux —, qui pourront solliciter le Samu (15) pour obtenir un rendez-vous sous 24 à 48 heures dans une structure adaptée, ainsi qu'un renforcement des maisons des adolescents et une hausse du nombre de postes d'internes ouverts en psychiatrie pour 2026. Sur le plan de la gouvernance, une délégation à la santé mentale est créée auprès de la Direction générale de la santé, en remplacement du poste de délégué interministériel qui existait jusque-là.
Ce que cette séquence signifie pour les praticiens et les patients
Pour les psychologues conventionnés dans le cadre de Mon soutien psy, la progression du nombre de patients accompagnés, si elle se confirme dans la durée, traduit une montée en charge continue d'un dispositif dont l'accès direct sans prescription médicale est en vigueur depuis juin 2024. Pour les infirmiers, aides-soignants et autres professionnels exerçant en établissement psychiatrique, l'objectif « zéro contention » à 2030 implique, selon les annonces de juin 2026, un effort de formation continue aux pratiques de désescalade et à l'aménagement d'espaces dédiés, dont le calendrier concret de déploiement reste, à ce stade, à préciser établissement par établissement. Pour les familles regroupées au sein d'associations comme l'Unafam, cette annonce constitue une première réponse officielle et datée à une revendication portée depuis juin 2025, sans qu'aucune des sources consultées ne permette d'affirmer que l'ensemble des 48 propositions aurait, à ce stade, reçu une suite équivalente.
Ce dossier ne constitue ni un avis médical ni une évaluation de l'efficacité des pratiques de contention ou des alternatives évoquées : il rapporte des annonces institutionnelles et des indicateurs publiés par des sources primaires, à une date donnée, et n'a pas vocation à se substituer à l'appréciation clinique des équipes soignantes ni au dialogue entre patients, familles et professionnels. Les personnes concernées par une hospitalisation en psychiatrie, ou leurs proches, sont invitées à s'adresser directement aux équipes soignantes ou aux associations d'usagers pour toute question relative à une situation individuelle.