En France, n'importe qui peut légalement se présenter comme « sexologue » ou « sexothérapeute » : aucun diplôme, aucune formation minimale, aucune inscription à un ordre professionnel n'encadre l'usage de ces appellations. Ce vide n'est pas une hypothèse d'observateur extérieur : il a été vérifié directement, à la date de rédaction de ce dossier, dans le répertoire national des certifications professionnelles tenu par France Compétences, l'établissement public chargé de recenser les diplômes et titres reconnus par l'État. Une recherche sur ce répertoire pour les termes « sexologue » et « sexothérapeute » n'y renvoie strictement aucun résultat, dans le répertoire national comme dans le répertoire spécifique. Entre 2024 et 2026, cette absence de cadre a coexisté avec deux mouvements contraires et documentés : un resserrement des rares diplômes universitaires sérieux qui forment les praticiens les plus qualifiés, et une mobilisation des instances professionnelles pour obtenir une reconnaissance du titre qui, deux ans après ses premières annonces, reste encore à l'état de projet. Un vide dont le coût concret a été illustré, fin 2024, par la condamnation d'un « sexologue » périgourdin à douze ans de réclusion criminelle pour viol.

Un titre que rien ne protège

Contrairement à celui de psychologue, encadré depuis 1985 par une obligation de diplôme et d'inscription au répertoire Adeli, ou à celui de médecin, le mot « sexologue » ne bénéficie d'aucune protection légale équivalente en France. La discipline elle-même le reconnaît sans détour : selon une enquête publiée le 18 mai 2024 par l'Association Interdisciplinaire post-Universitaire de Sexologie (AIUS), société savante fondée en 1983 qui réunit médecins et professionnels non-médecins pratiquant la sexologie, « en France, en 2024, les titres de sexologue, de sexothérapeute et de thérapeute de couple n'existent pas ». Cette enquête, baptisée « #jesuissexo » et présentée par l'AIUS comme la plus grande étude jamais menée sur qui pratique la sexologie et la sexothérapie dans le pays, a recueilli plus de 1 100 réponses. Elle dresse le portrait d'un secteur composé à 85 % de femmes, d'un âge moyen de 44 ans, dont 24 % sont encore en cours de formation au moment de l'enquête. Elle documente aussi une réalité économique fragile : 61,5 % des répondants exercent en libéral, mais 46 % d'entre eux tirent de cette activité un revenu annuel inférieur à 7 500 euros — un chiffre qui, selon l'AIUS, traduit la précarité d'un secteur où l'absence de reconnaissance officielle limite le remboursement des actes et la lisibilité de l'offre pour le public.

Une discipline structurée depuis plus de quarante ans, mais toujours non réglementée

Cette absence de cadre légal ne signifie pas que la sexologie française est dépourvue d'organisation professionnelle. Le Syndicat National des Sexologues Cliniciens (SNSC), qui se présente sur son propre site comme le premier syndicat de sexologie créé en France, a été fondé en 1980 ; il a célébré ses 45 ans lors d'un événement organisé à Paris le 13 décembre 2025, associé à une assemblée générale annuelle exceptionnellement déplacée au vendredi 19 décembre 2025, selon une annonce publiée par le syndicat le 7 novembre 2025. L'AIUS, de son côté, existe depuis 1983. Une troisième structure, la Société Française de Sexologie Clinique (SFSC), publie une revue spécialisée baptisée « Sexologos » et complète ce paysage associatif, sans toutefois avoir publié d'actualité datée récente permettant de documenter une action spécifique sur la période 2024-2026. Cette densité associative — trois structures actives, dont deux fondées il y a plus de quarante ans — atteste d'une discipline installée dans le paysage médical et paramédical français, mais qui n'a, à ce jour, jamais obtenu la reconnaissance réglementaire d'un titre protégé, à la différence d'autres professions de santé plus récentes comme les infirmiers en pratique avancée.

Deux ans d'annonces sur la reconnaissance du titre, sans aboutissement documenté

Cette question de la reconnaissance officielle du titre de sexologue n'est pas nouvelle, et sa trajectoire récente illustre une forme de statu quo prolongé. Le 13 juin 2024, le SNSC annonçait un webinaire consacré aux « nouvelles modalités de l'usage du titre de Sexologue en France », prévu pour le 14 juin 2024. Le syndicat y évoquait des « démarches officielles » devant aboutir à de nouvelles « modalités de reconnaissance et de protection de l'usage du titre de Sexologue » — tout en rappelant, dans le même texte, que la sexologie demeure classée « dans la catégorie des professions non réglementées ». Deux ans plus tard, le 24 juin 2026, l'AIUS organisait à son tour une webconférence intitulée « Vers la reconnaissance du titre de sexologue : où en sommes-nous ? », animée par ses co-présidentes Aurélie Maquigneau et Aurélie Bourmaud ainsi que par son secrétaire général Axel Bourcier. Cette rencontre abordait la place de la Stratégie nationale de santé sexuelle dans le cadre réglementaire de la profession, un projet de certification des formations universitaires porté par le Collège des enseignants en sexologie, ainsi qu'un projet de code de déontologie et une étude exploratoire sur les « comportements inadaptés en sexologie ». Le simple intitulé de cette rencontre — une question, plutôt qu'un bilan — suggère que le chantier ouvert par le SNSC deux ans plus tôt n'a, à cette date, pas encore abouti à une reconnaissance effective. Quelques jours plus tard, le 29 juin 2026, l'AIUS publiait un nouvel article consacré à la lutte contre la désinformation en santé sexuelle, qu'elle présente comme un « danger émergent » et une nouvelle priorité de santé publique pour la discipline — signe que les instances professionnelles élargissent leurs revendications au-delà de la seule question du titre.

Les diplômes universitaires, seule vraie garantie de compétence, resserrent leurs conditions d'accès

En l'absence de titre protégé, les diplômes interuniversitaires (DIU) de sexologie, dispensés par certaines facultés de médecine, constituent la voie de formation la plus reconnue par les professionnels du secteur. Or, sur la période récente, deux de ces cursus ont resserré leurs conditions d'accès plutôt que de les ouvrir. À Nantes, selon une page de l'université mise à jour le 26 mai 2026, les candidats au DIU de sexologie clinique — une formation de deux ans, longtemps réservée aux médecins — devront, à partir de la rentrée 2026, avoir préalablement validé un diplôme universitaire de santé sexuelle d'un an et déposer un essai bibliographique préparant leur futur mémoire de deuxième année. Ce cursus, qui représente 181 heures de formation dont 149 en présentiel et 32 heures de stage, pour un coût de 3 600 euros, ouvrira sa prochaine promotion en novembre 2026. En Lorraine, le Centre Pierre Janet, rattaché à la faculté de médecine de Metz-Nancy, va plus loin encore dans le resserrement du calendrier : selon sa propre présentation du DIU de sexologie et du DIU d'études de la sexualité humaine, aucune promotion ne s'ouvrira pour l'année 2026-2027, les inscriptions pour la promotion suivante, 2027-2028, ne débutant qu'en mars 2027. Ce resserrement, documenté par les universités elles-mêmes plutôt que dénoncé de l'extérieur, accentue mécaniquement l'écart entre le nombre, déjà restreint, de praticiens formés par cette voie universitaire et celui, non quantifiable puisque non réglementé, des personnes qui se présentent comme sexologues ou sexothérapeutes sans être passées par un tel cursus.

Quand le vide juridique croise la justice : l'affaire Agullo

Ce contraste entre un titre non protégé et des formations sérieuses à l'accès de plus en plus restreint n'est pas qu'une question théorique de politique de formation : il a pris, en 2024, une dimension judiciaire concrète. Le 19 novembre 2024, selon une information de France 3 Nouvelle-Aquitaine relayée par franceinfo régions le jour même, dix ans de réclusion criminelle étaient requis contre Lionel Agullo, présenté comme « thérapeute sexologue » exerçant à Périgueux, jugé en appel devant la cour d'assises de la Dordogne pour viol. Selon un article publié la même journée par ICI (ex-France Bleu Périgord, antenne locale de Radio France), la cour l'a finalement condamné à douze ans de réclusion criminelle — le double de la peine prononcée lors d'un premier procès par défaut — pour viol et détention d'images pédopornographiques, alors qu'il encourait quinze ans. Le jugement prévoit également une interdiction d'exercer des professions liées à la thérapie, une inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles et un suivi socio-judiciaire ; un appel a été formé dès le lendemain de la décision. Cette affaire, dont l'issue définitive dépend de la procédure d'appel en cours, ne permet évidemment pas de généraliser à l'ensemble d'une profession les agissements d'un individu isolé. Elle illustre néanmoins, de façon concrète et jugée, le risque que fait courir l'absence de tout cadre réglementaire autour d'un titre auquel le public peut être tenté d'accorder une autorité professionnelle qu'aucune vérification institutionnelle ne vient garantir.

Un vide réglementaire qui n'est pas propre à la France

Ce type de zone grise, où des pratiques touchant à l'intimité échappent à tout encadrement professionnel structuré, ne se limite pas au territoire français. Selon un article publié le 20 novembre 2025 par l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (UNADFI), un centre de formation au massage tantrique basé à Zurich, en Suisse, fait l'objet de témoignages d'anciens élèves dénonçant des abus de pouvoir et des pratiques discutables recueillis par une émission de la télévision suisse alémanique ; un chercheur de l'université de Zurich y compare le fonctionnement de ce centre à celui d'une organisation sectaire. L'article de l'UNADFI, qui ne fait aucune mention d'un établissement ou d'un cas français comparable, souligne ce qu'il qualifie de « vide réglementaire quasi total » entourant le secteur du bien-être et des pratiques corporelles intimes en Suisse. Cette situation étrangère, rapportée ici uniquement à titre de mise en perspective, ne permet pas de conclure à l'existence d'un phénomène équivalent en France : elle illustre cependant, sous une forme différente, la même vulnérabilité structurelle qu'un secteur non réglementé peut engendrer lorsqu'il touche à des pratiques intimes.

Ce que ce constat change, concrètement, pour le public

À la date de rédaction de ce dossier, aucun texte réglementaire nouveau ne vient combler le vide juridique entourant les titres de sexologue et de sexothérapeute en France : les démarches évoquées par le SNSC depuis juin 2024 et reprises par l'AIUS en juin 2026 restent, sur la base des informations publiques disponibles, au stade de la discussion entre instances professionnelles. Dans ce contexte, la principale garantie disponible pour le public reste indirecte : vérifier si un praticien est titulaire d'un diplôme universitaire de sexologie délivré par une faculté de médecine, ou s'il est rattaché à une société savante ou un syndicat reconnu de la discipline, comme l'AIUS, le SNSC ou la SFSC, qui appliquent leurs propres critères d'admission internes en l'absence de cadre légal contraignant. Ces vérifications ne constituent pas une garantie légale équivalente à un titre protégé par l'État, mais elles offrent un premier repère pour distinguer une formation universitaire encadrée d'une auto-proclamation sans contrôle.

Rappel de prudence : les questions de santé sexuelle relèvent d'un accompagnement spécialisé. Face à une difficulté d'ordre sexuel, médicale ou psychologique, l'avis d'un médecin, d'un psychologue ou d'un praticien formé dans un cursus universitaire reconnu reste la première étape à privilégier ; aucune information contenue dans ce dossier ne constitue un conseil médical ni une recommandation d'un praticien en particulier.