Une pratique de bien-être à ne pas confondre avec l'acupuncture

Le shiatsu ("pression des doigts" en japonais) et l'acupression, parfois désignée digitopuncture, forment une famille de techniques manuelles de bien-être fondées sur l'appui des doigts, des paumes ou des coudes sur des points du corps, sans utilisation d'aiguilles. Sur Paralib, la spécialité qui régit ces pratiques rassemble plusieurs centaines de praticiens actifs. Elle est fréquemment confondue, y compris dans certains textes officiels, avec l'acupuncture médicale — un acte impliquant des aiguilles, réservé en France aux médecins, sages-femmes et, dans certaines conditions, aux chirurgiens-dentistes, selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Cette distinction est le fil conducteur indispensable pour comprendre la situation réglementaire du shiatsu et de l'acupression, très différente de celle de l'acupuncture avec aiguilles ou de la réflexologie, déjà traitées par ailleurs.

Trois tentatives de reconnaissance d'État, toutes expirées

Contrairement à une idée reçue selon laquelle le secteur du shiatsu serait resté hors de toute démarche de certification, les données publiques de France Compétences montrent qu'il existe eu, depuis le milieu des années 2010, pas moins de trois certifications officielles distinctes visant spécifiquement cette discipline. Toutes sont aujourd'hui inactives.

La première, un titre "Spécialiste en Shiatsu" enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) sous le numéro 23661 par arrêté de 2015 et porté par le Syndicat professionnel du shiatsu, a vu son enregistrement expirer le 25 juillet 2020 et n'a jamais été renouvelé. La deuxième, un titre de niveau 5 intitulé "Technicien en accu pression énergétique et shiatsu" (RNCP32026), délivré par l'Académie de Shiatsu disciplines énergétiques, sportives et culturelles à la suite d'un arrêté publié au Journal officiel le 4 janvier 2019, a expiré à son tour le 4 janvier 2022. La troisième, plus récente et enregistrée cette fois au Répertoire spécifique (RS) plutôt qu'au RNCP sous l'intitulé "Mettre en place un shiatsu traditionnel dans son activité professionnelle" (RS5450), portée par la Fédération française de shiatsu traditionnel, a expiré le 19 mai 2024. Aucune de ces trois fiches ne figure aujourd'hui comme active dans les bases de France Compétences, et aucune nouvelle certification ne semble être venue prendre le relais depuis.

Un refus de renouvellement motivé par de mauvais résultats d'insertion professionnelle

Le sort du premier de ces titres, RNCP23661, a fait l'objet d'un échange institutionnel qui éclaire les critères désormais appliqués par France Compétences. Interrogé par un député à l'Assemblée nationale sur la non-reconduction de ce titre, le ministère du Travail a répondu, dans une réponse publiée le 26 avril 2022, que la commission de la certification professionnelle avait rejeté la demande de renouvellement en raison d'un "niveau d'insertion professionnelle particulièrement insuffisant" des titulaires du diplôme. Selon les chiffres cités par le ministère, seuls 24 % des personnes ayant obtenu ce titre exerçaient effectivement une activité de praticien, et 69 % d'entre elles déclaraient des revenus annuels inférieurs à 5 000 euros. Le ministère précisait alors que l'organisme certificateur pouvait solliciter une inscription au Répertoire spécifique, une voie de reconnaissance moins exigeante que le RNCP mais qui ne confère pas le statut de diplôme professionnel — c'est précisément cette voie qu'a empruntée la Fédération française de shiatsu traditionnel avec le titre RS5450, lui aussi désormais expiré.

Ce précédent illustre une difficulté structurelle du secteur : au-delà de la reconnaissance formelle d'un titre, c'est la viabilité économique du métier de praticien en shiatsu qui est directement mise en cause par l'autorité publique chargée d'évaluer la pertinence des certifications professionnelles.

Une frontière légale qui reste celle de l'acte médical

Le cadre juridique qui borne l'exercice de ces techniques reste celui, plus général, de l'exercice illégal de la médecine, défini par les articles L4161-1 à L4161-6 du code de la santé publique. Ce texte, dont l'article L4161-1 a été modifié en dernier lieu par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 du 30 décembre 2025 (entrée en vigueur le 31 décembre 2025, avec un relèvement des peines pour les infractions commises par voie numérique, désormais punies jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende contre deux ans et 30 000 euros dans le cas général), sanctionne l'établissement d'un diagnostic ou d'un traitement de maladies par une personne non habilitée. La jurisprudence de la Cour de cassation applique ce texte de façon constante à l'acupuncture pratiquée par aiguilles : un arrêt de la chambre criminelle du 28 juin 2016 a ainsi confirmé la condamnation d'une praticienne d'acupuncture non médecin, au motif que cette pratique, "tant à raison du diagnostic qu'elle implique que des moyens qu'elle utilise", constitue un acte médical réservé aux docteurs en médecine. Il importe cependant de souligner que cette décision, comme la jurisprudence constante qu'elle illustre, concerne exclusivement l'acupuncture par aiguilles — elle ne mentionne à aucun moment le shiatsu ou l'acupression, et ne saurait leur être directement transposée sans nuance : ces techniques de bien-être, fondées sur la seule pression manuelle et sans visée diagnostique revendiquée, se situent dans une zone d'application plus incertaine de ce cadre légal, tant qu'aucun diagnostic ni traitement de maladie n'est annoncé par le praticien.

Une mention isolée dans le rapport de la Miviludes, sans lien avec la pratique professionnelle du shiatsu

Le rapport d'activité 2022-2024 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), présenté le 8 avril 2025, évoque une seule fois le terme "shiatsu", dans le compte rendu d'une affaire pénale grave et sans rapport avec la pratique professionnelle de la discipline. Il s'agit de la condamnation, par la cour d'assises du Gard le 17 février 2023, d'un médecin généraliste pratiquant par ailleurs médecine chinoise, homéopathie et acupuncture, à six ans d'emprisonnement et à une interdiction définitive d'exercer, pour des faits de viol sur une patiente commis sous couvert d'un acte médical. Selon le rapport, ce praticien justifiait un geste litigieux en expliquant vouloir toucher le point du corps où se "croiseraient tous les méridiens", évoquant pêle-mêle "l'acupuncture chinoise, le shiatsu japonais et les chakras indiens" — sans qu'aucun médecin expert entendu lors de la procédure n'ait reconnu là une pratique fondée. Le rapport précise par ailleurs, dans une note consacrée à l'acupuncture, le rappel de la jurisprudence constante déjà évoquée plus haut sur l'exercice illégal de la médecine — une note qui, elle non plus, ne porte pas sur l'acupression ou le shiatsu en tant que tels. Il s'agit donc, dans les deux cas, d'un fait divers isolé mettant en cause un médecin condamné pour des faits criminels graves, et non d'un signalement visant la pratique professionnelle du shiatsu ou de l'acupression telle qu'exercée par les praticiens de bien-être formés dans ce domaine.

Ce que dit la recherche scientifique — et ce qu'elle ne dit pas

Sur le plan des preuves d'efficacité, la littérature scientifique disponible porte presque exclusivement sur l'acupuncture par aiguilles, et non sur l'acupression manuelle. Un rapport de l'Inserm publié le 20 janvier 2014, réalisé à la demande de la Direction générale de la santé, concluait qu'il existait des preuves suffisantes de l'efficacité de l'acupuncture par aiguilles pour certaines douleurs chroniques ainsi que pour les nausées et vomissements, tout en soulignant que les preuves restaient plus incertaines pour d'autres indications — des conclusions qui ne peuvent être transposées telles quelles à l'acupression sans aiguille, non spécifiquement étudiée par ce rapport.

Concernant l'acupression proprement dite, la littérature la plus solide se limite à la stimulation d'un point précis du poignet, dit point P6, pour les nausées et vomissements. Une revue systématique Cochrane parue à partir de 2010 (mise à jour en 2014 puis 2015), portant sur 27 essais et plus de 4 000 femmes enceintes, qualifiait les preuves de l'efficacité de l'acupression au point P6 de "limitées" : sur les quatre essais comparant directement cette technique à un placebo, aucun n'a montré d'effet statistiquement significatif. Une synthèse de plusieurs revues Cochrane publiée en 2006 dans le *Journal of Alternative and Complementary Medicine* nuançait ce constat en signalant une efficacité supérieure aux antiémétiques pour les nausées postopératoires sur un large échantillon de patients, mais des résultats plus mitigés pour la grossesse selon la méthode de stimulation employée. Ces travaux, circonscrits à un point d'acupression précis et à des indications de nausées, ne permettent en aucun cas de conclure à une efficacité généralisée du shiatsu comme discipline globale de bien-être touchant l'ensemble du corps — un amalgame qu'il convient d'éviter.

Des fédérations professionnelles actives, en dehors de toute reconnaissance d'État

En l'absence de certification d'État active, le secteur continue de s'organiser par la voie associative et syndicale. La Fédération française de shiatsu traditionnel, ancienne certificatrice du titre RS5450 aujourd'hui expiré, poursuit un calendrier de formations réguliers (cursus de 500 heures dans le Grand Est en août 2024, cursus de 588 heures à Marseille et Montpellier en juillet 2024, cycle d'analyse clinique des pratiques en mars 2025, certification en Do-In annoncée pour avril 2026). Le Syndicat professionnel du shiatsu, ancien certificateur du titre RNCP23661 expiré en 2020, demeure également actif au sein du secteur. Ces structures assurent aujourd'hui, en l'absence de tout cadre étatique, l'essentiel de la structuration professionnelle de la discipline — formation continue, déontologie, mise en réseau des praticiens — sans toutefois pouvoir délivrer de titre reconnu par l'État.

Une pratique de bien-être, pas un substitut au soin médical

Comme pour l'ensemble des techniques de bien-être par le toucher, il convient de rappeler que le shiatsu et l'acupression, en l'état actuel des connaissances et du droit, ne constituent ni un diagnostic ni un traitement médical, et ne sauraient se substituer à une consultation auprès d'un professionnel de santé pour toute pathologie. L'absence de certification d'État active ne signifie pas que la pratique soit interdite — elle demeure autorisée dès lors qu'elle ne revendique aucune visée thérapeutique ou diagnostique relevant du monopole médical — mais elle prive les personnes qui y recourent de toute garantie de qualité de formation adossée à un diplôme reconnu par l'État, et place la sélection d'un praticien sous la seule responsabilité de la personne qui le consulte, en s'appuyant le cas échéant sur l'affiliation à une fédération professionnelle reconnue par ses pairs.