Le feuilleton budgétaire des cures thermales n'est pas refermé : il a changé de terrain. Après une séquence 2025 marquée par la menace d'un déremboursement puis son abandon, le gouvernement a choisi, pour sortir de l'impasse politique, de confier à la Haute Autorité de santé (HAS) le soin d'évaluer scientifiquement le service médical rendu (SMR) de la médecine thermale. Une décision qui ne tranche rien dans l'immédiat, mais qui fixe un calendrier précis — et repousse toute décision budgétaire à 2027.
Un budget 2026 qui referme une porte, sans clore le débat
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a été adopté définitivement le 16 décembre 2025, sans acter le déremboursement des cures thermales qu'une partie de la filière redoutait depuis l'automne, selon L'Officiel du Thermalisme. Le président du Conseil national des établissements thermaux (CNETh), Thierry Dubois, cité par ce média professionnel du secteur, s'en est félicité tout en indiquant que les études de l'Association française pour la recherche thermale (AFRETh) feraient l'objet d'une évaluation par la HAS « dans une période relativement proche » — signe que le sujet, loin d'être enterré, se déplaçait déjà vers une instance scientifique plutôt que budgétaire.
Ce compromis n'est pas né de nulle part. Selon Contexte, média spécialisé dans le suivi de l'action publique, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a elle-même proposé, début 2026, la saisine de la HAS comme porte de sortie politique face à des parlementaires majoritairement favorables au thermalisme et à des arbitrages budgétaires de plus en plus tendus. L'idée : renvoyer à une expertise indépendante une question — l'efficacité clinique documentée des cures — que le seul débat parlementaire ne parvenait pas à trancher sereinement.
Ce que la HAS est officiellement chargée d'évaluer
La saisine a été confirmée à la mi-mars 2026. Selon Hospimedia, média spécialisé dans l'actualité sanitaire et médico-sociale, qui a consulté la lettre de saisine, la HAS est chargée d'évaluer le service médical rendu des cures thermales, dans un contexte où l'enjeu budgétaire pour l'Assurance maladie est chiffré à environ 240 millions d'euros d'économies potentielles en cas de déremboursement total. Le service médical rendu est la notion que la Haute Autorité utilise habituellement pour juger si un acte, un produit ou, ici, une pratique de soins justifie une prise en charge par la solidarité nationale et, le cas échéant, dans quelle proportion — une notion jusqu'ici jamais appliquée de façon aussi formelle à l'ensemble de la médecine thermale.
Selon Lourdesactu, titre de presse régionale du groupe Actu.fr, cette saisine intervient après une mobilisation citoyenne ayant réuni plus de 500 000 signatures contre un projet de coupe budgétaire évoqué l'hiver précédent, et après que le groupe d'études sur le thermalisme de l'Assemblée nationale a lui-même auditionné des représentants de la HAS dès février 2026 — signe que l'initiative de la saisine ne venait pas uniquement du ministère, mais aussi d'une pression parlementaire transpartisane construite autour des territoires thermaux.
Le détail du mandat confié à la Haute Autorité figure dans une réponse ministérielle publiée le 19 mai 2026 au Sénat, à une question du sénateur Jean-Marc Boyer datée du 7 mai. Selon ce document officiel, l'évaluation se déroule en deux temps : un programme de travail assorti d'une revue de la littérature scientifique disponible doit être livré en 2026, avant qu'un avis complet sur le service médical rendu et l'intérêt de santé publique de la médecine thermale ne soit rendu à l'horizon de la fin 2027. La réponse ministérielle rappelle par ailleurs les chiffres mis en avant par la filière thermale elle-même : environ 25 000 emplois concernés — un chiffre qui inclut, au-delà des seuls établissements thermaux, l'hôtellerie et les commerces des stations —, 4,8 milliards d'euros de retombées économiques annuelles revendiquées, et plus de 200 millions d'euros de remboursement par l'Assurance maladie chaque année pour les cures elles-mêmes. Le même document souligne que la France reste l'un des derniers pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à rembourser les cures thermales dans ces proportions, un argument régulièrement mobilisé par les partisans d'un resserrement de la prise en charge.
Ces chiffres, mis en avant par la filière elle-même dans le cadre du débat budgétaire, ne préjugent pas de la conclusion de l'évaluation scientifique à venir : la HAS doit précisément se prononcer, indépendamment des retombées économiques et de l'emploi, sur la seule question du bénéfice médical objectivable des cures pour les patients qui en bénéficient.
Une méthodologie à construire avant tout jugement de fond
Contrairement à une évaluation classique de médicament, la HAS doit d'abord bâtir des critères d'évaluation adaptés à la spécificité de la médecine thermale, plutôt que d'appliquer telles quelles les grilles habituellement utilisées pour les traitements médicamenteux. C'est ce qu'a précisé le Dr Cédric Carbonneil, représentant de la HAS, lors de la 3ᵉ journée parlementaire du thermalisme le 29 mai 2026, rapportée par Lescuristes.fr, média professionnel du secteur curiste. Selon ses propos cités par ce titre, « aucune conclusion » sur le fond n'est attendue avant 2027 : l'année 2026 doit servir exclusivement à construire la méthodologie et les critères d'évaluation propres à cette pratique, en s'appuyant notamment sur les enquêtes de pratique existantes et sur la littérature scientifique disponible, dont les études de l'Association française pour la recherche thermale (AFRETh) évoquées dès décembre 2025 par le CNETh.
Cette étape méthodologique préalable n'est pas un simple détail de procédure : c'est elle qui déterminera, en amont de tout résultat, ce que la HAS considérera comme une preuve recevable pour une pratique dont les effets sont, par nature, plus difficiles à isoler dans un essai clinique classique qu'un médicament — durée du séjour, combinaison de soins, effet du changement de cadre de vie, ou encore effet dit « contextuel » lié à l'accompagnement. C'est précisément ce travail de définition des critères que la HAS a annoncé vouloir livrer d'ici l'été 2026, avant de l'appliquer ensuite à la littérature disponible pour aboutir à un avis de fond.
Ce calendrier resserré est confirmé par Senioractu, média spécialisé dans l'actualité des seniors — une population particulièrement concernée par les cures thermales, souvent prescrites pour des pathologies rhumatologiques ou respiratoires chroniques, deux des indications les plus fréquentes des séjours pris en charge par l'Assurance maladie. Selon cet article du 4 mai 2026, la HAS doit livrer un premier jalon méthodologique « cet été » 2026, avant un avis scientifique définitif attendu courant 2026-2027, l'arbitrage budgétaire proprement dit n'étant susceptible d'intervenir qu'à l'occasion du PLFSS pour 2027. Dans l'intervalle, la saison thermale 2026 se déroule sans changement des conditions de remboursement en vigueur, et le titre évoque explicitement un remboursement à 100 % pour les curistes assurés sociaux relevant de certaines situations, « en sursis » plutôt que remis en cause dans l'immédiat.
Un rapport de force qui s'est déplacé, pas éteint
Ce nouvel épisode confirme une dynamique déjà observée fin 2025 : chaque tentative de resserrement budgétaire sur le thermalisme se heurte à une mobilisation combinant élus locaux des territoires thermaux, parlementaires du groupe d'études dédié et associations de curistes. La saisine de la HAS peut se lire comme un moyen, pour l'exécutif, de gagner du temps politique tout en se donnant une légitimité scientifique pour une décision ultérieure — que celle-ci confirme le remboursement actuel ou, à l'inverse, ouvre la voie à une révision si le service médical rendu s'avérait jugé insuffisant selon les critères que la Haute Autorité doit encore définir.
Pour la filière thermale, ce report représente un répit d'au moins une saison budgétaire complète, mais pas une victoire définitive : contrairement au rapport de la Cour des comptes qui avait relancé le débat en 2025 sans obligation de suite, l'avis attendu de la HAS engage cette fois une autorité sanitaire indépendante dont les conclusions sont généralement suivies, dans la durée, par les pouvoirs publics en matière de remboursement. C'est précisément ce changement de nature — d'une recommandation budgétaire de la Cour des comptes à une évaluation scientifique indépendante commanditée par le ministère lui-même — qui distingue cette séquence 2026 de l'épisode de menace budgétaire de l'automne 2025 : la décision, quelle qu'elle soit, sera désormais adossée à un avis d'expertise et non plus à un seul arbitrage de conjoncture budgétaire.
La tenue, fin mai 2026, d'une 3ᵉ journée parlementaire du thermalisme réunissant à la fois des représentants de la HAS et des acteurs de la filière illustre par ailleurs que le dossier continue d'être suivi au plus près par les parlementaires concernés, bien au-delà du seul examen budgétaire annuel du PLFSS — un format de rendez-vous récurrent qui n'existait pas avant que le débat sur le déremboursement n'atteigne son intensité actuelle.
Ce que cela signifie pour les curistes et les professionnels
Pour les patients qui suivent ou envisagent une cure thermale — souvent prescrite en complément d'une prise en charge médicale pour des indications rhumatologiques, respiratoires, dermatologiques ou liées au stress —, aucun changement concret n'intervient à ce stade sur les conditions de remboursement, qui restent celles en vigueur au moins jusqu'à la décision budgétaire qui pourrait suivre l'avis de la HAS fin 2027. Il convient toutefois de rappeler qu'une cure thermale, quelle que soit l'indication pour laquelle elle est prescrite, reste un complément de prise en charge et ne se substitue ni à un traitement médical, ni à l'avis d'un médecin traitant ou spécialiste sur l'évolution d'une pathologie chronique.
Pour les établissements et les professionnels de santé qui interviennent en milieu thermal, l'échéance à surveiller est double : la publication, promise pour l'été 2026, du programme de travail et des critères méthodologiques retenus par la HAS, puis l'avis scientifique complet attendu fin 2027, qui conditionnera l'arbitrage budgétaire du PLFSS pour cette même année. D'ici là, le statu quo observé depuis l'adoption du budget 2026 devrait perdurer, sauf nouvel épisode parlementaire imprévu.